lundi, décembre 15, 2008

 

L’Ombudsman de Radio-Canada conclut qu’un film de propagande pro-palestinien n’aurait pas dû être diffusé, par Anne Humphreys



L’ombudsman Julie Miville-Dechêne (photo ci-contre) a conclu qu’en raison notamment de failles dans le contrôle éditorial, la présentation du film Paix, propagande et Terre promise à l’émission Les grands reportages contrevenait aux
Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada. Ce film avance, sans en faire la preuve, que le gouvernement israélien contrôle les médias américains. Il contient des anachronismes et des inexactitudes et des groupes militants pro-palestiniens ont été associés à la recherche.

La décision du 8 décembre 2008 de Madame Julie Miville-Dechêne portant sur le film Paix, propagande et Terre promise diffusé le 23 octobre 2008 sur les ondes du Réseau de l’information de Radio-Canada (RDI), fait suite à une demande de révision soumise par le Comité Québec-Israël.

Ce Comité demandait à l’ombudsman de déterminer si le film et l’encadrement offert par RDI satisfont aux Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada. La demande de révision concluait comme suit :

«En omettant d’identifier le film comme un documentaire d’opinion de type engagé et en reprenant presque littéralement la description de son auteur, RDI a enfreint les normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada, lesquelles stipulent que «la production devrait être clairement identifiée au début et à la fin comme étant un documentaire d’auteur». Ironiquement, alors que l’animateur Simon Durivage demandait en introduction si les médias américains ne déformaient pas le jugement de son public, c’est RDI qui a contribué à la déformation du jugement de son propre public sur le conflit israélo-arabe.»

La décision de Mme Miville-Dechêne, reproduite plus bas, répond à chacune des objections soulevées par le Comité Québec-Israël.

Mais d’abord, par-delà la question du traitement du conflit israélo-palestinien qui fait l’objet de la décision de l’ombudsman, c’est l’ensemble de la couverture médiatique de l’islam politique que nous mettons en cause à Point de Bascule, sujet sur lequel nous reviendrons en profondeur.

À quand un reportage sur l’idéologie impérialiste, suprématiste et haineuse qui a pris des proportions endémiques chez les musulmans, comme le souligne avec lucidité l’éminent religieux indien Wahiduddin Khan, qui invite les musulmans à un travail d’introspection et de déconditionnement idéologique ? Cette idéologie aux fondements théologiques que Khan invite à déconstruire, est à l’origine d’innombrables massacres de civils innocents dans le monde. Elle anime les sunnites wahhabis salafistes d’Arabie saoudite (11/9), les deobandi du Pakistan (Mumbai), les chiites d’Iran et du Hezbollah au Liban. Elle explique la violence djihadiste au Maroc, en Tunisie, au Soudan, en Somalie, au Yémen, en Tchétchénie, aux Philippines, en Indonésie, en Malaisie, à Gaza, à Londres, à Madrid, et ailleurs. Quelle est la trame commune ici ? Elle est évidente, mais les médias se fendent en quatre pour ne pas la nommer, sous couvert d’une rectitude politique mal placée qui fait partie du problème plutôt que de la solution, ou d’un sens de l’objectivité dont Godard s’est moqué par la formule «cinq minutes pour les Juifs, cinq minutes pour les Nazis».

Revenant à notre sujet, voyons d’abord ce que fait l’Ombudsman de Radio-Canada.

L’OMBUDSMAN DE RADIO-CANADA

Le bureau de l’ombudsman est présenté comme suit sur le site de Radio-Canada :

Exactitude, intégrité, équité

«L’ombudsman Julie Miville-Dechêne est à votre écoute. Elle vous représente, vous les téléspectateurs, auditeurs et internautes de Radio-Canada. Elle évalue le bien-fondé de vos plaintes, au meilleur de son jugement, et de façon tout à fait indépendante. Vous croyez qu’une information à notre antenne ou sur notre site web est biaisée, ou inexacte ? Contactez-nous».

Radio-Canada s’est doté de Normes et pratiques journalistiques qui décrivent la manière dont cette institution financée par les contribuables répond aux attentes du public et remplit ses obligations. Ces normes sont passablement détaillées, et servent de guide aux décisions de l’ombudsman.

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Bureau de l’ombudsman des Services français

Le 8 décembre 2008

RÉVISION Documentaire Paix, propagande et Terre promise Diffusé le 23 octobre 2008 à l’émission Les grands reportages au Réseau de l’information

Sommaire

Plus de 150 personnes ont dénoncé à mon bureau la diffusion du documentaire étranger, pro-palestinien Paix, propagande et Terre promise, à l’émission Les grands reportages, au Réseau de l’information (RDI), le 23 octobre 2008. Elles reprochent à Radio-Canada d’avoir mis en ondes une œuvre de propagande contenant des erreurs de faits.

Radio-Canada a admis une erreur : ses Normes et pratiques journalistiques n’ont pas été respectées dans la présentation du documentaire. Il n’y a eu aucune mention de la date de production (2003) et du fait que la situation sur le terrain avait changé depuis ce temps, notamment à cause du démantèlement des colonies israéliennes dans la bande de Gaza.

Produit il y a cinq ans, le documentaire contient des anachronismes et des inexactitudes, et des groupes militants pro-palestiniens ont été associés à la recherche.

Étant donné les circonstances et les failles constatées dans le contrôle éditorial, ce documentaire n’aurait pas dû être diffusé.

LES PLAINTES

Le 23 octobre 2008, l’émission Les grands reportages au Réseau de l’information (RDI) présentait un documentaire américain intitulé Paix, propagande et Terre promise, qui portait sur l’image du conflit israélo-arabe que véhiculent les médias américains.

J’ai reçu 156 plaintes au sujet de cette émission. La plupart des plaignants, originaires de divers pays, ont répondu à l’appel du groupe pro-israélien de surveillance des médias HonestReporting Canada. Ce groupe de pression a incité en ligne ses partisans à envoyer des plaintes à mon bureau. D’autres téléspectateurs canadiens qui ont vu l’émission se sont également plaints spontanément à mon bureau. Pour eux, il s’agit non pas d’un documentaire équilibré, mais d’une œuvre de propagande en faveur des Palestiniens, qui contient des erreurs de faits. Voici un extrait de la plainte du Comité Québec-Israël :

«(…) En omettant d’identifier le film comme un documentaire
d’opinion de type engagé et en reprenant presque littéralement
la description de son auteur, RDI a enfreint les normes et
pratiques journalistiques de Radio-Canada, lesquelles stipulent que
la production devrait être clairement identifiée au début et à la
fin comme étant un documentaire d’auteur (…)

La participation exclusive de militants et d’employés de groupes
de pression et d’intérêts organisés, ainsi que les remerciements
de la production aux dits groupes non seulement compromettent-ils
gravement la responsabilité du RDI de veiller à ce que des groupes
d’intérêt politiques […] ou encore de pression ne cherchent à faire
valoir leurs opinions par le biais de ce genre de productions, mais
auraient dû susciter auprès du RDI des interrogations quant à
l’indépendance de la production du film de tout groupe qui pourrait
avoir un intérêt direct dans la question abordée.

En présentant un réquisitoire unilatéral contre l’une des deux parties
d’un conflit, RDI a failli à son devoir d’assurer l’équité et l’équilibre
en négligeant de présenter dans le cadre de cette émission d’autres
points de vue sur la question, afin, comme le stipulent les Normes
et pratiques journalistiques de Radio-Canada, que l’auditoire puisse
constater qu’on peut tirer des conclusions différentes des mêmes faits.

En tolérant les nombreux accrocs du film aux réalités historiques,
politiques et diplomatiques du conflit israélo-palestinien, RDI a
manqué à sa responsabilité quant à l’exactitude des faits – applicable
même dans le cas d’un document d’opinion – et a omis d’appliquer
au film le critère de qualité exceptionnelle et de pertinence avant
de le diffuser, tel que stipulé dans ses propres Normes et pratiques
journalistiques. (…)».

La directrice, Traitement des plaintes et Affaires générales, a envoyé cette réponse à tous les plaignants :

«Nous avons bien reçu vos commentaires concernant le
documentaire Paix, propagande et Terre promise, présenté
à l’émission Les grands reportages, diffusé sur RDI le 23 octobre.

Permettez-moi d’abord de vous donner quelques explications sur
le contexte dans lequel nous diffusons des documentaires. Le
format documentaire privilégie le point de vue personnel. Dans la
quasi totalité des cas, ces documents sont des œuvres signées
par des réalisateurs de l’extérieur de Radio-Canada. Nous choisissons
de les diffuser parce que nous croyons qu’ils contiennent des
informations dignes d’intérêt.

En diffusant des documentaires d’opinion, Radio-Canada ne fait
pas la promotion des opinions qu’ils contiennent. Au contraire, la
démarche s’inscrit dans notre volonté d’offrir une variété de points
de vue sur des sujets d’intérêt public.

Le documentaire Paix, propagande et Terre promise contenait
des informations intéressantes pour le public canadien sur le traitement
du conflit israélo-palestinien dans les médias américains. Il s’agissait
d’une production américaine de Media Education Foundation, distribuée
par Mundovision.

Cela dit, ce documentaire est une mise à jour partielle d’un
document tourné il y a maintenant quatre ans, avant qu’Israël
ne se retire de Gaza. Par conséquent notre présentation en ondes
aurait dû le replacer dans son contexte d’il y a quatre ans plutôt
que comme un document contemporain aux enjeux que pose
le Moyen-Orient à la veille des élections présidentielles américaines
de 2008.

Il s’agissait en effet d’un point de vue très personnalisé sur le conflit.
Nous reconnaissons que ce point de vue était nettement
pro-palestinien. Nous tenons à vous assurer que nous avons
récemment acquis d’autres documentaires offrant des regards
différents sur la situation en Israël et à Gaza et nous comptons
les diffuser au cours des prochains mois. (…)»

Après avoir reçu cette réponse, plusieurs plaignants m’ont demandé de réviser le dossier, car, selon eux, ce documentaire n’aurait tout simplement pas dû être diffusé, quelle qu’en ait pu être la présentation.

LA RÉVISION

Les règles à suivre

L’information diffusée à Radio-Canada doit respecter les trois principes au cœur de ses Normes et pratiques journalistiques : l’exactitude, l’intégrité et l’équité. Toutefois, il existe des exceptions pour les documentaires produits à l’extérieur de la Maison, notamment les «documentaires d’opinion au sens de documentaires engagés» :

«Le terme documentaire d’opinion sert aussi à décrire une
œuvre nettement engagée ou une thèse, un plaidoyer qui,
s’appuyant sur des faits, préconise une solution ou un point
de vue particulier sur un sujet controversé. Bien que l’oeuvre
soit basée sur des faits, elle ne décrit pas de façon équitable
la variété d’opinions qui peuvent exister sur le sujet ou le
dossier en question.

Le programmateur devra parfois décider s’il doit diffuser une
production qui transgresse de façon significative les normes
journalistiques de Radio-Canada parce que cette production
prend ouvertement parti sur une question controversée, au
point d’exclure les autres faits pertinents et les autres points
de vue. (…)»

(NPJ, Annexe A, 2.4)

Le documentaire Paix, propagande et Terre promise répond à ces critères. Le film avance, sans en faire la preuve, que le gouvernement israélien contrôle les médias américains, écrits et électroniques. Afin d’illustrer cette thèse, le documentaire se sert d’extraits de bulletins de nouvelles télévisées qui passent sous silence le fait que les territoires palestiniens sont occupés par Israël. D’après le film, cette omission, le choix de mots et l’absence systématique de contexte renforcent de fausses perceptions dans le public américain. Il n’y a pas d’équité, d’équilibre ou de nuance ici : ce documentaire pro-palestinien ne présente qu’un seul point de vue, qu’un seul côté de la médaille. Toutes les personnes interrogées – universitaires, activistes israéliens et palestiniens, critiques des médias et journalistes – sont d’accord avec ce point de vue. Si Radio-Canada choisit de présenter un documentaire de ce genre, des règles s’appliquent :

Radio-Canada «(…) devrait veiller à ce que des groupes d’intérêt
politiques ou économiques, ou encore des groupes de pression,
ne cherchent à faire valoir leurs opinions par le biais de ce genre
de production.»
(NPJ, Annexe A, 2,4)

«La production devrait être clairement identifiée au début et à la
fin comme étant un documentaire d’auteur.»
(NPJ, Annexe A, 2.4, b)

«Les faits devraient être exacts même s’il s’agit d’une œuvre
d’opinion, et les arguments devraient être conformes aux faits. (…)»
(NPJ, Annexe A, 2.4, d)

La production est-elle clairement identifiée ?

La direction de Radio-Canada a rapidement admis son erreur : la présentation de ce reportage ne respecte pas la politique journalistique de Radio-Canada. Voici la transcription de cette présentation des Grands reportages :

«Paix, propagande et Terre promise. Les médias américains ne
voient-ils dans la colonisation israélienne des territoires occupés
qu’un geste de défense ?

Bienvenue à Grands reportages. La signature d’un accord de paix
au Proche-Orient avant la fin de 2008, comme le prévoyait la
conférence d’Annapolis l’an dernier, est-elle encore possible ?
Avec l’approche de l’élection américaine et les deux premiers
ministres israélien et palestinien, tous deux sur leur départ,
beaucoup en doutent. Selon des experts du Proche-Orient depuis
40 ans, la politique de colonisation de l’État hébreu s’est accentuée
à l’intérieur des territoires palestiniens occupés. Conséquence :
la violence est quotidienne, tant du côté palestinien qu’israélien.
Alors, quel message véhiculent les médias américains sur cet
interminable conflit ? Déforment-ils le jugement de nos voisins
du Sud ?»

À aucun moment, ni dans cette présentation, ni à la fin de l’émission, on ne dit qu’il s’agit d’un documentaire d’opinion, d’un film engagé. Nulle mention n’est faite de son auteur ou de sa maison de production américaine Media Education Foundation. En fait, c’est le nom du distributeur montréalais qui se trouve au début du documentaire et dans le générique. Plus troublant encore, à aucun moment, ni dans la présentation, ni dans le générique, on ne précise que le documentaire est sorti en 2003, date qui m’a été confirmée par le producteur.

Ces omissions privent les téléspectateurs d’informations essentielles. Pourtant, le site Internet de la maison de production indique clairement que ce film date de 2003. Cinq ans dans le conflit israélo-palestinien, c’est long. À cette époque, on était dans la deuxième vague de l’Intifada. Depuis, la situation a évolué : les Israéliens se sont retirés de la bande de Gaza ; Ariel Sharon a créé un nouveau parti favorable au démantèlement des colonies avant d’être terrassé par deux AVC et de tomber dans le coma ; Yasser Arafat est mort ; les Palestiniens de Gaza ont élu les radicaux du Hamas ; les Israéliens ont construit une clôture autour de la Cisjordanie ; les attentats-suicides ont pris fin en Israël ; l’offensive de l’armée israélienne contre le Hezbollah au Liban a fait 1 200 morts.

La présentation donne l’impression que le documentaire est récent. Le premier directeur responsable du contenu des documentaires à Radio-Canada admet que la mise en contexte est absente. À son avis, il aurait fallu dire que les colons et l’armée israélienne avaient quitté Gaza, et peut-être poser la question suivante pour lancer le documentaire : «On peut se demander si la situation a changé depuis ce temps.»

Quand Radio-Canada achète un documentaire, elle l’adapte, le traduit au besoin et le raccourcit, dans ce cas-ci de 52 à 43 minutes. C’est un réalisateur qui est chargé de ce travail. Le réalisateur en question me dit qu’il n’a pas réussi à trouver la date de production du documentaire. Il a plutôt choisi de bien identifier les extraits de vidéo dans le documentaire, extraits qui dataient de 2000 à 2003.

Le journaliste à la recherche, chargé d’écrire la présentation, admet son erreur. Il était accaparé, me dit-il, par une autre série de documentaires. Deux cents documentaires doivent être adaptés pour Les grands reportages au RDI chaque année.

Le réalisateur de Radio-Canada responsable des acquisitions dit que, sur papier et lors du visionnement, Paix, propagande et Terre promise lui a paru digne d’intérêt, car le documentaire présentait un angle neuf sur le conflit israélo-palestinien. Le réalisateur a cru que l’oeuvre était contemporaine, puisque dans le catalogue 2008 du «marché international des programmes documentaires», Paix, propagande et Terre promise était décrit comme étant «en production».

Il me dit que le distributeur ne l’a pas prévenu que le film n’était pas récent. De son côté, le distributeur se rappelle avoir indiqué que Paix, propagande et Terre promise était sorti en salle au début de 2005. Quoi qu’il en soit, Radio-Canada a pris conscience de la véritable date de production (2003) lorsque les plaintes ont commencé à s’accumuler. Les artisans à qui j’ai parlé m’ont tous dit qu’il leur faudra être plus vigilants à l’avenir.

La grande différence entre le documentaire de 2003 et la version diffusée en octobre 2008 au RDI est sa durée. L’oeuvre originale fait 80 minutes ; le distributeur a demandé au producteur de réduire son film à 52 minutes pour pouvoir le vendre à des chaînes de télévision. Le distributeur a fait enregistrer une narration pour accompagner la version écourtée. Il a supprimé quelques anachronismes flagrants dans la version internationale en anglais. À mon avis, cela n’est pas suffisant pour parler de «mise à jour». Vous pouvez voir le documentaire intégral et lire la transcription sur le site de la maison de production : http://www.mediaed.org/cgi-bin/commerce.cgi

Un documentaire d’auteur pro-palestinien ou une œuvre de propagande ?

Radio-Canada doit s’assurer que les documentaires qu’elle achète ne sont pas des outils de propagande de groupes de pression. Si Radio-Canada avait visionné la version intégrale de 80 minutes de Paix, propagande et Terre promise, elle se serait rendue compte qu’à la fin du film on peut lire des remerciements adressés à plusieurs groupes militants pro-palestiniens (Electronic Antifada, Al-Awda Right of Return Coalition, Islam Online). Le producteur et réalisateur m’assure que ces groupes de pression n’ont pas financé son film, mais seulement fourni de l’aide pour la recherche.

Cette proximité entre groupes militants et documentaristes est troublante. Par exemple, l’une des données-chocs du documentaire est que seulement 4 pour cent des reportages télévisés aux nouvelles mentionnent que la Cisjordanie et Gaza sont «occupées». Une petite note au bas de l’écran attribue cette statistique de 2001 au groupe Fairness and Accuracy in Reporting FAIR. Il s’agit d’un groupe pro-palestinien de surveillance des médias, le pendant des groupes pro-israélien CAMERA (Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America) et HonestReporting, à l’origine de nombreuses plaintes adressées à mon bureau contre ce documentaire. Il ne s’agit pas d’une recherche indépendante.

Il aurait fallu à tout le moins que ces faits soient connus de Radio-Canada afin que cela puisse faire partie de l’évaluation éditoriale du produit.

Les faits rapportés sont-ils véridiques ?

Même s’il s’agit d’un documentaire d’opinion, les arguments présentés doivent reposer sur des faits, en vertu des règles radio-canadiennes. Or, les anachronismes sautent aux yeux. Des anachronismes qui font croire au téléspectateur non averti que la bande de Gaza est encore occupée par l’armée et les colons israéliens. La réalité est tout autre : les colons ont quitté la bande de Gaza depuis 2005, l’armée israélienne a évacué le territoire, bien qu’elle l’encercle encore et contrôle les entrées et sorties des Palestiniens et des marchandises.

À 3 minutes et demie du début, on peut lire au bas de l’écran : «La Cisjordanie et la bande de Gaza sous occupation militaire.»

À 9 minutes du début : «Donc, on pourrait dire qu’en plus de l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza, Israël (…).»

À 12 minutes du début, la narratrice dit : «… Quatre pour cent des reportages du réseau médiatique 2 sur la Cisjordanie occupée et sur la bande de Gaza mentionnent que ce sont des territoires occupés.»

À 20 minutes 17 du début, la narratrice dit : «Les territoires palestiniens sont parsemés de colonies qui sont établies de façon stratégique (...) les colonies, avec la terre voisine qu’ils se sont appropriée, contrôlent plus de 40 % de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.» À l’écran, on voit une carte où des petits points blancs, illustrant les colonies, parsèment la Cisjordanie et la bande de Gaza.

La première surimpression erronée a été ajoutée par le réalisateur de Radio-Canada chargé de l’adaptation. Ni lui, ni personne n’a remarqué les anachronismes avant la mise en ondes. Même si le réalisateur qui adaptait l’oeuvre me dit qu’il pensait que ce documentaire «était limite», il n’a pas fait part de ses inquiétudes au personnel-cadre. Résultat : aucun cadre responsable n’a visionné le documentaire avant qu’il soit diffusé.

L’animateur Simon Durivage n’est pas responsable de ces erreurs. Il enregistre les présentations qu’on lui prépare entre deux interventions en direct au RDI, où il est en ondes quatre heures ou plus par jour.

Le fait de ne pas mentionner le retrait de la bande de Gaza n’est pas anodin, car une partie de l’argumentaire du film repose sur l’affirmation suivante : «le but d’Israël est d’annexer définitivement les territoires occupés». C’est peut-être vrai pour une partie de la Cisjordanie, mais cela s’est déjà révélé faux pour la bande de Gaza.

Autres inexactitudes relevées :

Les affrontements de Djénine en 2002. «Cet événement, bien que largement condamné comme crime de guerre par les organisations des droits de l’homme, fut minimisé par les médias américains qui le remirent en cause et écartèrent la possibilité d’un massacre.» (extrait du documentaire). Du côté palestinien, on parlait à l’époque de 500 victimes. Une enquête de Human Rights Watch a conclu qu’il n’y avait pas de preuve de massacre. Cinquante-sept Palestiniens et vingt-quatre Israéliens sont morts dans ces affrontements.

«La position d’Israël est tout sauf défensive.» : il s’agit d’une généralisation douteuse.

Les territoires occupés : «un pays étranger» : la Cisjordanie et la bande de Gaza ne font pas partie d’Israël. Ces territoires ne sont sous aucune juridiction. Les Palestiniens veulent en faire un pays, mais ce n’est pas encore une réalité.

À plusieurs reprises, le documentaire mentionne l’occupation «illégale» des territoires palestiniens par Israël. La réalité juridique est plus complexe : la colonisation juive et l’érection d’une clôture de sécurité en Cisjordanie sont sans conteste illégales. Mais les experts ne s’entendent pas sur le caractère «illégal» de toute présence militaire israélienne en Cisjordanie à cause de l’ambiguïté dans la version anglaise de la résolution 242 des Nations Unies (1967). Le retrait doit se faire «des territoires» (from territories). Le retrait israélien de la totalité des territoires est-il obligatoire ou non en vertu de la résolution 242 ? L’interprétation de cette clause n’a jamais été éclaircie par les tribunaux.

Sur cette question, le directeur de la grille du RDI pense que Radio-Canada n’a pas le personnel nécessaire pour vérifier les faits contenus dans les 200 documentaires achetés chaque année. D’où l’importance d’écrire une présentation solide afin de faire les mises en garde nécessaires à l’intention des téléspectateurs. Le premier directeur responsable du contenu des documentaires ajoute que Radio-Canada fait confiance aux producteurs étrangers réputés (p. ex., la BBC), mais que la Société ne peut se départir de sa responsabilité d’évaluer sérieusement le contenu des œuvres diffusées.

Les deux cadres, qui cumulent plusieurs responsabilités, disent qu’il est impensable pour eux de regarder tous les documentaires avant la mise en ondes, surtout que, pour en acheter 200, il faut en visionner le double. Quand les artisans ont des doutes sur un documentaire, ils doivent demander conseil à l’un de leurs supérieurs. Cette fois, aucun signal d’alarme n’a été déclenché tout au long du processus. Le directeur de la grille du RDI estime qu’il s’agit d’un événement isolé, qui ne doit pas faire oublier le travail effectué depuis 14 ans. À la lumière de cette erreur, le premier directeur des documentaires ajoute qu’il lui faut resserrer le contrôle éditorial au Service des acquisitions.

Le documentaire aurait-il dû être diffusé ou non ?

Le fait que ce documentaire soit favorable à la cause palestinienne n’est pas en question ici. Radio-Canada a le droit de diffuser des films d’opinion, pourvu qu’ils soient clairement présentés comme tels. Radio-Canada doit aussi favoriser une diversité de points de vue dans sa programmation. Aucune comptabilité stricte n’existe sur les «points de vues» diffusés à propos du conflit israélo-palestinien, mais le premier directeur assure que ce souci de diversité existe. Avant que cette controverse n’éclate, il avait acheté les droits de documentaires israéliens forts intéressants qui seront diffusés au début 2009.

Le premier directeur pense que ce documentaire méritait d’être diffusé à cause de la renommée de certains des participants. Il est toutefois d’avis que, pour préserver l’intégrité de l’oeuvre, il ne faut pas se mettre à faire des retouches çà et là afin que le film n’ait plus l’air de dater de cinq ans. Il n’est donc pas d’accord avec la démarche du distributeur qui a dit avoir fait une mise à jour de Paix, propagande et Terre promise en 2008.

Le producteur et réalisateur du documentaire est convaincu que son film est toujours pertinent. Il m’a dit : «Cela ne change rien que la bande de Gaza ne soit plus colonisée par Israël, car ce territoire est devenu une prison à ciel ouvert.» La situation sur le terrain n’a pas changé, et il est toujours aussi vrai, à son avis, que les médias américains, écrits ou électroniques, omettent systématiquement de parler de l’occupation de la Cisjordanie et des raisons qui motivent la résistance palestinienne. Il prépare un nouveau film sur la couverture faite par les médias américains à propos de la bande de Gaza et de l’offensive israélienne au Liban.

Conclusion

L’erreur a déjà été reconnue par la direction de Radio-Canada. Les Normes et pratiques journalistiques n’ont pas été respectées dans la présentation du documentaire étranger Paix, propagande et Terre promise, diffusé à l’émission Les grands reportages, le 23 octobre 2008. Radio-Canada aurait dû préciser qu’il s’agissait d’un documentaire engagé, que la situation sur le terrain avait changé depuis cinq ans, date de production du film, notamment parce qu’Israël s’était retiré de la bande de Gaza. Enfin, il aurait dû être clair qu’il s’agissait d’une œuvre produite à l’étranger.

Étant donné les circonstances et les failles constatées dans le contrôle éditorial, ce documentaire n’aurait pas dû être diffusé.

Julie Miville-Dechêne

Ombudsman, Services français

Société Radio-Canada

2008-12-08

Adresse électronique : ombudsman@radio-Canada.ca

Site web : http:/www.radio-canada.ca/ombudsman

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samedi, novembre 29, 2008

 

L’à-plat-ventrisme de Radio-Canada devant la propagande islamiste, par Anne Humphreys

Dans l’émission Second Regard de Radio Canada sur l’Islam, l’animateur Alain Crevier a présenté un reportage réalisé par Jean-Louis Boudou offrant le témoignage lucide et criant de vérité du Père Henri Boulad, jésuite égyptien. Pour faire corriger le tir de ces propos sans concessions, Radio-Canada a invité quelqu’un qui connaîtrait mieux l’islam. Prenant les Québécois pour des ploucs, Radio Canada a offert une tribune à Lamine Foura, islamiste québécois d’origine algérienne, communautariste et propagandiste par excellence.

Vos taxes à l’oeuvre : la télévision d’État au service de la propagande de l’islam politique, dans une émission prétendûment consacrée à l’éthique, la spiritualité et la pratique religieuse... Radio-Canada se fait un point d’honneur, dans sa mission éducative, de « corriger » la défense de la liberté et la critique de l’islamofascisme, en invitant un apologiste de l’islam politique. C’est kif kif.

Le 16 novembre dernier, Radio-Canada présentait un reportage intitulé : L’Islam vu par le père Boulad et Lamine Foura. Le père Boulad est un chrétien vivant en Égypte. Lamine Foura est un ingénieur d’origine algérienne vivant à Québec. Voici le synopsis du reportage affiché sur le site de l’émission :

Jésuite, le père Henri Boulad est un chrétien d’Égypte qui vit au cœur de l’Islam depuis toujours. Il considère que la liberté religieuse n’existe pas dans les sociétés musulmanes. Face à la montée du fanatisme, le père Boulad réclame une réforme, réforme qui passe par l’émergence d’un islam modéré, sans quoi nous allons vers une conflagration. Et cette réforme passe par le dialogue entre musulmans libéraux et radicaux, prétend-il.

À ce discours sans concessions de Père Boulad, Lamine Foura réplique qu’au-delà d’une montée d’un fondamentalisme fanatique et du manque de liberté dans les pays arabo-musulmans, les sources de tension au sein de l’Islam sont multiples. Bien que cet intellectuel musulman d’ici concède que l’Islam a besoin d’un nouveau souffle, il rétorque cependant que le discours du père Boulad confond islam et islamisme, un discours qui, au final, fait le jeu des extrémistes.

L’entrevue avec le Père Henri Boulad peut être visionnée en cliquant ici. L’entrevue avec Lamine Foura est accessible en cliquant ici.

Notre collaborateur Jugurten, Québécois d’origine algérienne, analyse l’entrevue avec Lamine Foura. — Marc Lebuis

L’à-plat-ventrisme de Radio-Canada devant la propagande islamiste de Lamine Foura, par Jugurten

Dans l’émission Second Regard de Radio Canada, Alain Crevier a voulu faire corriger les propos crus du Père Henri Boulad par quelqu’un qui connaîtrait mieux l’islam. Mais avant de faire parler ce connaisseur, notre journaliste tient à rassurer les téléspectateurs québécois : la Personne en question est bardée de diplômes et a des activités bien plus importantes et plus nombreuses que celles auxquelles s’adonne le québécois moyen. Lamine Foura doit donc être écouté avec dévotion.

Alain Crevier présente Lamine Foura comme un scientifique à l’esprit rationnel, néanmoins religieux pratiquant. Mais que peut bien dire un fervent pratiquant de sa religion ! Et que peut-on bien dire de rationnel et de scientifique à propos d’un dogme. Second Regard appelle un juge et partie pour nous éclairer sur les propos du Père Boulad. Si l’objectif d’Alain Crevier était de donner un droit de réponse à l’islam, il aurait donné la parole à un imam.

Pourquoi alors Lamine Foura ? Alain Crevier pense que son illustre analyste musulman sera cautionné par ses diplômes universitaires et ses fonctions ronflantes. Les québécois, tannés de leurs propres religieux depuis des lustres, auront plus tendance à croire un citoyen musulman «intégré», rationnel, engagé pour sa communauté et diplômé qu’un simple curé qui radote.

Radio Canada pense que les québécois sont des ploucs qui croient que plus on est haut dans l’échelle sociale, plus on a accès à la science infuse, plus on est intelligent, donc plus on est crédible. D’où l’exhibitionnisme quasi vulgaire de Lamine Foura, certainement encouragé par Radio Canada.

Lamine Foura est présenté comme «d’origine algérienne». En fait, il n’est pas «d’origine seulement» mais algérien à part entière, ne laissant aucune place au canadien. Il est algérien de cœur, de mentalité, de culture, de religion, d’esprit et de papiers. C’est même un communautariste actif qui s’affaire à reconstituer l’Algérie contre vents et marées au Québec. Il construit sa vie sociale autour de l’arabo-islamisme façon maghrébine nostalgique andalouse et aime à inviter l’Autre, l’Occidental, à jeter un coup d’œil bref et superficiel à son monde communautariste exotique et fermé.

Je connais des canadiens d’origine française (les québécois dits pure laine), d’origine anglaise, irlandaise, grecque, écossaise ou italienne. Radio Canada n’irait pas insister sur l’origine de ces gens, ni sur leurs diplômes quand ils sont interviewés sur le catholicisme ou sur le protestantisme ou sur tout autre chose. Ils vivraient cela comme une indiscrétion, peut-être comme une moquerie, voire comme « un jetage de fleurs » qui cache quelque chose. Mais le communautariste musulman ne demande que ca, car cela le positionne bien dans SA communauté, rehausse son prestige et augmente ses chances de devenir un jour un des chefs écoutés de la communauté.

Il n’est pas utile de rappeler les origines du canadien français, italien, belge ou irlandais car ces gens-là ne sont pas des prosélytes de leur communauté, ni de leur religions quand ils en ont. Il n’y a donc pas lieu de rassurer les autres en lançant le message : «Voyez donc braves gens comme cette personne d’origine irlandaise est instruite, travaillante, gentille, normale et accueillante, et pourtant, son origine est bien irlandaise !». De toute façon, l’irlandais en question ne laisserait pas faire cela !

Radio Canada ne sait peut être pas quel genre de message elle distille, mais tant de condescendance et d’à-plat-ventrisme ne peut rendre certains de ses invités que plus arrogants, plus hardis dans le mensonge, dans la manipulation et l’opportunisme, sachant qu’on ne leur reprochera rien ouvertement et que de toute façon l’auditoire a été endormi dès les premières minutes de l’émission. Mais l’auditoire a-t-il réellement été endormi ?

Radio Canada, le Père Boulad et le spécialiste Foura sont d’accord pour dire que les islamistes radicaux sont minoritaires. De même, la proportion de trafiquants de drogue est infime par rapport à la population totale de Montréal. La drogue ne représente donc aucun danger pour la société et nous pouvons dormir sur nos deux lauriers. Nous n’avons même pas besoin de mettre en garde nos enfants contre ce fléau.

Seule une minorité de chefs politico-religieux produisent et diffusent un discours radical islamiste. Faux parce que la majorité des musulmans ne reprochent rien à ces radicaux et sont de plus en plus nombreux à les écouter et à les suivre. Encore une fois, la célèbre loi de Pareto fonctionne à merveille : 20% des causes sont responsables de 80% des dégâts ! Dans toute idéologie totalitaire, il y a une minorité constituant une élite qui tient en haleine une majorité et la mène par le bout du nez. Les plus courageux parmi cette majorité se taisent, sont réprimés, ou meurent, ce qui est kif kif.

Concrètement que veut dire tout cela ? Les pays où l’islam détient le pouvoir politique sont totalitaires, liberticides, oppressifs et répressifs, on le voit et nul besoin de preuves supplémentaires. Dans le reste du monde musulman, l’Islam ne désespère pas d’arriver à gouverner directement et définitivement. Les rares pays qui ont permis à des partis islamistes d’activer légalement ont vu ceux-ci gagner les élections (Algérie, Soudan, Palestine, Pakistan, Turquie). Dans ces pays, les militants des partis islamistes sont bien entendu minoritaires, mais leurs adhérents, leurs sympathisants et leurs électeurs ont été majoritaires.

L’exemple de l’Algérie justement est typique : lors des élections communales de 1990 et lors des législative de 1991, il y avait aussi en lice des partis islamistes dits modérés et trois partis démocrates modernistes. Ils avaient fait les scores ridicules de 1% à 5% dans les 46 départements où le parti islamiste radical était implanté. Les deux départements où ce parti était absent pour cause de langue, défaut de militants et de rejet par la population, les partis démocrates ont gagné à plus de 90%. À l’échelle du pays, à la proportionnelle, c’est le parti islamiste le plus radical qui a gagné. Ce parti s’appuyait sur quelques personnalités influentes et radicales, mais combien ont-ils été à les suivre ? Il n’est pas pertinent de savoir combien de personnes prônent l’islam radical. Il est plus intéressant de savoir combien de personnes les écoutent, faute de pouvoir elles-mêmes structurer, formaliser et diffuser ce discours.

Après l’arrêt du processus électoral, une minorité parmi les plus radicaux a pris les armes pour s’adonner au terrorisme. Ils étaient 3000, 10 000, 40 000 ? Pas plus. Mais combien de personnes étaient spontanément sorties dans la rue pour protester contre la barbarie et les tueries quotidiennes ? Comment une telle boucherie a-t -elle pu laisser de marbre des millions de gens qui vont pourtant jusqu’à se plaindre d’en être des victimes ? Combien ont pris les armes pour les combattre, alors que le gouvernement en distribuait à tous ceux qui voulaient s’enrôler dans des milices populaires d’auto-défense ? Combien ont-ils été pour seulement les nommer «terroristes islamistes» ? Lamine Foura connait les réponses autant que moi, puisque nous étions tous les deux sur place au moment des faits.

Combien étaient-ils dans les années 80 à se bousculer pour aller combattre en Afghanistan lors de l’occupation soviétique ? Combien sont-ils encore aujourd’hui à se déclarer prêts à aller combattre en Palestine et en Irak ? Les dictateurs des pays arabes surveillent aujourd’hui étroitement leur jeunesse de peur qu’elle n’inonde la Palestine et l’Irak. À tel point que la première destination de ces djihadistes est devenue l’Occident, car de là, il est plus facile de rejoindre le Moyen Orient. Je me demande, devant un tel courage et une telle détermination des jeunes musulmans, comment ces fameux terroristes et autres méchants radicaux peuvent-ils se pavaner sans peur dans leurs villes et villages, sans craindre personne. Il n’y a tout simplement personne à craindre. D’ailleurs, en Algérie, tout terroriste peut se rendre dans un commissariat, déposer son arme et aller se reposer tranquillement deux ou trois mois avant d’assassiner un policier ou un gendarme, le délester de son arme et reprendre le maquis. Un vrai paradis pour islamistes terroristes, béni par la volonté populaire et le grand pardon garanti par le président de la riboublique.

Lamine Foura se fout de tout ce qui s’est passé dans son propre pays et se fout de ce qui se passe ailleurs. Son seul souci d’enfant gâté intellectueux est de comprendre «comment on en est arrivé là» en parlant de la montée du fondamentalisme islamique. Ce questionnement est une posture de faux intellectuel essayant de tromper son auditoire. Quand il y a un carnage dans sa propre communauté, un intellectuel se doit de trahir une partie de sa communauté, celle qui est coupable. Il n’essaie pas de sauver tout le monde, bourreaux et victimes sous prétexte qu’ils sont tous les siens. C’est ce pretexte communautariste inconditionnel qui pousse Lamine Foura à se «questionner» pour ensuite nous servir sur un plateau des raisons disparates qui se sont entendues par miracle pour enfanter l’islamisme terroriste indépendamment de la bonne volonté de la culture et de la religion musulmane.

Comme tout, Lamine Foura cherche à créer cette image chère aux chroniqueurs européens du bon vieux temps des colonies : islam, parfums de jasmin mêlé d’effluves d’orangers, cours de femmes voluptueuses chuchotant derrière leur voile froufroutant, ombre et pénombre abritant les ébats d’homme et de femme dans la fraicheur du soleil couchant jetant sa couleur pourpre sur l’horizon ondulant de la méditerranée….et patati et patata. Pour Lamine Foura, tout ce qui n’est pas cette poésie débridée n’est pas l’islam. Un vrai slogan pour touristes sexuels à la Malek Chebel. Il faut écouter Lamine Foura.

Cet «intellectuel» est totalement déconnecté de la réalité et semble être sous l’effet d’un narcotique. À moins qu’il ne fait que se dérober. La moitié de la planète est aujourd’hui régulièrement secouée par des attentats islamistes. Les média libres (le web pour ne pas le nommer) rapportent tous les jours des centaines de cas de maltraitance et de sévices impunis sur les femmes, sur les minorités religieuses dans le monde musulman et dans les communautés musulmanes en Occident. Monsieur Foura veut «comprendre comment on en est arrivé là». Généralement on se demande après coup comment une chose fâcheuse a bien pu arriver. On cherche à savoir à postériori, sereinement, une fois l’événement fâcheux derrière nous, comment les choses ont dérapé alors que tout allait bien. Tiens donc, ça allait bien ?

Lamine Foura joue sur les mots pour faire croire que d’habitude, le fondamentalisme islamique n’existe pas dans sa forme violente et terroriste. Je comprendrais la démarche si les pays musulmans ont toujours été des démocraties et si l’aventure terroriste islamiste n’a été qu’une brève parenthèse relevant maintenant du passé. Le fait que Lamine Foura se pose la question pendant que la chose se passe encore ne relève pas de la simple curiosité neutre, mais bien d’une volonté de désigner immédiatement des responsables, voire des coupables, afin de porter aussi immédiatement des accusations.

Les coupables sont bien entendu l’Occident et les Juifs. Il énumère donc une série de causes factices qui ne résistent à aucune analyse, même sommaire. Dire que «c’est compliqué» est justement une façon simpliste d’essayer de brouiller les pistes. La technique consiste à dresser une multitude de causes montées en éventail pour éloigner les esprits le plus possible de la seule cause réelle : la nature violente et belliqueuse de l’islam, ne cessant jamais d’enfanter l’islamisme. Lamine Foura oriente donc le téléspectateur vers d’autres considérations pour l’empêcher de chercher dans l’islam lui-même cette montée du fondamentalisme (euphémisme pour désigner le terrorisme, intellectuel et de fait). Lamine Foura compte sur la fainéantise du téléspectateur pour y arriver, car il existe une caricature du téléspectateur le montrant affalé sur son sofa, passif, gobant tout et ne réfléchissant guère.

Selon Lamine Foura, les causes de la montée du fondamentalisme islamique sont totalement étrangères à l’islam et aux sociétés musulmanes. Voyons cela :

«Ce qui s’est passé après la 2e guerre mondiale»

Que s’est-il donc passé après la deuxième guerre mondiale qui expliquerait la montée de l’intégrisme islamique aujourd’hui dans tous les pays musulmans et dans les communautés musulmane établies en Occident ? Lamine Foura ne nous le dit pas. Mais en langage codé islamique, Lamine Foura parle de la création de l’État d’Israël. Pour lui, cette «injustice» justifie la radicalisation des sociétés musulmanes et son corollaire, le terrorisme islamiste.

Ce que Lamine Foura cache, c’est que la totalité des états arabes actuels ont été crées bien après celui d’Israël ou dans la même décennie. Les états nationaux arabes d’aujourd’hui, dans leurs frontières et dans leur souveraineté, ont été créés par les forces coloniales au fur et à mesure que le mouvement de décolonisation affranchissait les peuples arabes. La plupart de ces états étaient de simples provinces de l’empire ottoman ou des gouvernorats sous différents califats avant cet empire. Ainsi, un algérien citoyen d’un état souverain, l’Algérie, créée en 1962 trouve tout à fait normal de contester l’état d’Israël pourtant créé en 1948. Israel est d’ailleurs le seul état unanimement contesté dans le monde musulman.

«La colonisation»

On remarque que plus l’épisode colonial se fait lointain dans l’histoire des pays musulmans, plus l’intégrisme islamiste prend de l’épaisseur dans les sociétés musulmanes. Si le colonialisme était la cause de la montée du fondamentalisme, on aurait assisté plutôt au phénomène inverse. Les blessures se calment et se cicatrisent généralement avec le temps et, avec elles, le ressentiment et les sentiments de haine nourris par le fait colonial s’estompent. Généralement, au fur et à mesure que la mémoire assimile les épisodes les plus tragiques de leur histoire, les peuples s’apaisent et deviennent enclins au pardon. Ainsi, les européens, les russes et les américains n’éprouvent aujourd’hui aucune haine envers les allemands, ni envers les japonais, tandis que dans le monde musulman, la haine du français et de l’anglais, ex-colonisateurs, se fait de plus en plus viscérale, incluant même les pays occidentaux qui n’ont colonisé aucun pays musulman (Danemark, Suède, Norvège, Suisse). Pour ces pays là, d’autre raisons sont invoquées.

«Ce qui se passe au Moyen-Orient»

Lamine Foura confirme ce que tout le monde a fini par penser : le problème n’est pas entre palestiniens et israéliens, mais entre le monde musulman et juifs. Le conflit entre Israël et palestinien peut donc pousser des nigérians musulmans à se radicaliser. Ainsi, l’existence d’Israël pose problème autant aux musulmans d’Indonésie, qu’aux berbères d’Afrique du Nord, aux iraniens et à je ne sais quelle ethnie du Nigéria sous juridiction de la charia. L’hypothèse, à supposer vraie, qu’Israël ait spolié une terre arabe expliquerait à la rigueur une montée du nationalisme arabe. Mais on constate que tous les musulmans de la terre sont contre Israël. Or, historiquement, cette terre a été plutôt le berceau du judaïsme et du christianisme et non de l’islam.. C’est par un tour de passe-passe consistant à islamiser l’histoire juive et chrétienne que les conquérants musulmans en ont fait une terre musulmane depuis toujours et à jamais. C’est à ce «à jamais» que pensent tous les musulmans de Djakarta à Rabat et non à doter les palestiniens d’un état moderne et viable.

Mais au delà de sa formulation, on voit mal comment ce problème peut expliquer qu’un groupe islamiste armé égorge des milliers de gens en Algérie, un autre pose des bombes en Égypte, un autre sévit au Maroc, un autre au Philippines, un autre en Inde, etc.

«Les interventions de plus en plus intenses de l’Occident dans les pays musulmans»

Les seules interventions de l’Occident dans les pays musulmans ont été en Irak et en Afghanistan. Depuis, il n’y en a pas eu d’autres, malgré le Darfour. Lamine Foura spécule donc en ajoutant son «de plus en plus intenses». La montée du radicalisme islamique moderne a commencé bien avant tout intervention de l’Occident dans un pays musulman. Les campus universitaires du monde arabe grouillaient déjà de jeunes prédicateurs enflammés dès la fin des années 70. La geurre contre les soviétiques en Afghanistan était menée par des islamistes radicaux, financés par l’Arabie saoudite et soutenus par le Pakistan et par l’Occident, justement. La prise de pouvoir par les radicaux islamistes en Iran et au Soudan n’a rien à voir avec les «interventions de plus en plus intenses de l’Occident dans les pays musulmans».

Les égorgements massifs en Algérie n’ont rien à voir avec l’Occident et ne sont certainement pas commis pour punir le régime en place, ni dénoncer le mode de gestion.

Lamine Foura nous définit ce qu’est la laïcité, à nous les ignares, et avance même que l’’islam peut tomber dans la théocratie. C’est comme affirmer que l’eau peut être mouillée si on ne fait pas gaffe !

Lamine Foura ne connait sans doute pas l’Arabie saoudite, ni le Soudan, ni l’Iran. Où des potentats gouvernent au nom de la religion et par la religion musulmane. Pour lui, ces pays sont fictifs et l’islam l’a rien à voir avec toute forme de théocratie. Il entend G. Bush parler d’axe du bien et d’axe du mal, mais n’a jamais entendu Khomeyni et les autres prédicateurs islamistes parler de Grand Satan il y a déjà 30 ans. Les USA de G Bush seraient totalitaires, mais pas l’Iran, ni l’Arabie, ni le Soudan, ni aucun autre pays musulman. Il faut être Radio Canada pour laisser dire ça sans broncher.

Enfin, Lamine Foura se lance dans un discours qui n’a ni queue ni tête. Il prétend que le manque de liberté religieuse dans les pays musulmans vient du manque de liberté tout court qui n’a rien à voir avec la religion. Or, on voit que c’est dans les pays où l’islam est au pouvoir qu’il y a le moins de liberté, dont la liberté religieuse (Arabie, certains pays du Golfe, Iran, Soudan). Dans les autres pays totalitaires, le manque de liberté est justifié par l’islam, désigné par d’autres noms, comme par exemple «constantes nationales», «cadre des valeurs musulmanes», «nos valeurs et traditions» etc… mais toutes ces dictatures camouflées en laïques continueront à instituer l’islam religion d’État et à prendre conseil auprès des oulémas et autres conseils de la fatwa. Ils sont tous membres du sommet islamique et utilisent tous l’islam à des fin politiques car leurs peuples en redemandent. Toutes les sociétés musulmanes sont contre «la liberté tout court» et cela est directement lié à la religion.

Dans la plupart de ces dictatures, il existe des partis politiques ou des associations culturelles favorables à la liberté, à la laïcité, à la démocratie, à la liberté de culte, à la diversité. Ces partis et ces associations sont minuscules, carrément invisibles. Ils ne rencontrent aucun sucés ni en Algérie, ni au Maroc, ni en Tunisie, ni en Égypte, ni nulle par ailleurs. Ils disparaissent tout simplement, faute de composante humaine pour promouvoir, diffuser et faire triompher ces valeurs.

Cela fait bien sûr le bonheur des dictatures en place, qui, elles, savent ce que veut entendre le peuple.

Pour Lamine Foura, l’islam n’a rien à voir avec la situation catastrophique des pays musulmans. Il met tout sur le dos du colonialisme. Rien ne s’est jamais passé avant le colonialisme et rien après. Ainsi, en Algérie, 46 ans après l’indépendance, la dictature et l’islamisme meurtrier sont imputés au colonialisme français. Il ne reproche pas à l’Occident de commercer avec l’Arabie saoudite totalitaire, intégriste, théocratique et liberticide. Non, il le rend responsable des attentats et des tueries qui se passent en Occident même.

Christianisme et islam

Que dire de la comparaison entre le christianisme et l’islam. Lamine Foura veut faire de nous des fatalistes. Pour des raisons d’équité, voir d’égalité, nous devons aujourd’hui laisser l’islamisme faire ce qu’il veut car l’Inquisition a fait ce qu’elle voulait au Moyen Âge. Il nous faut donc comparer l’islam d’aujourd’hui au christianisme du quatorzième siècle, ce qui nous rendrait indulgents.

Il faut être totalement taré pour croire que les chrétiens d’aujourd’hui cautionnent la Saint Barthélémy, la chasse aux sorcières et les bûchers pour hérétiques d’alors. Lamine Foura est catégorique : l’islam va évoluer avec le temps. Il suffit d’être patient, de courber l’échine et de compter les morts pour passer le temps. Dans cinq ou six siècles, l’islam sera au même stade d’évolution que le christianisme d’aujourd’hui. Je vous jure, c’est Lamine Foura qui le dit et il faut le croire. Sinon, vous seriez de mauvaise foi.

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