mardi, avril 14, 2009

 

RD Congo : Des viols brutaux sont commis par des rebelles et des soldats, par Noémie Cournoyer


New York) - Les forces rebelles rwandaises, les soldats de l'armée gouvernementale et leurs alliés ont violé au moins 90 femmes et filles depuis la fin du mois de janvier 2009, dans les provinces instables du Nord-Kivu et du Sud-Kivu situées dans l'est de la République démocratique du Congo, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Les forces rebelles rwandaises ont aussi été impliquées dans les meurtres de la plupart des plus de 180 civils tués durant cette période.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies doit discuter le 9 avril du dernier rapport du secrétaire général de l'ONU sur la force de maintien de la paix qui se trouve au Congo. Human Rights Watch a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à inciter le gouvernement congolais à retirer de ses forces armées les individus coupables d'atteintes aux droits humains et à mettre un terme aux violations des droits humains, notamment les agressions contre les femmes et les filles.

La milice Hutu rwandaise dénommée Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) a attaqué et incendié ces dernières semaines des dizaines de villages et de villes dans les territoires de Masisi et Lubero (au Nord-Kivu) ainsi que dans le territoire de Kalehe (au Sud-Kivu), commettant nombre de meurtres délibérés, de viols et d'actes de pillage. Invoquant en guise de justification les opérations militaires du gouvernement, les FDLR ont délibérément pris pour cible des civils, les utilisant comme boucliers humains, et accusant certains d'entre eux de les avoir trahis. Selon les témoins et les victimes interrogés par Human Rights Watch, les FDLR ont été impliquées dans les meurtres d'au moins 154 civils depuis le 23 janvier.

« Les FDLR tuent et violent delibérément des civils congolais, en représailles semble-t-il des opérations militaires les visant », a indiqué Anneke Van Woudenberg, chercheuse senior pour l'Afrique à Human Rights Watch. « Tant les combattants qui commettent ces actes horribles que les chefs rebelles qui les permettent sont responsables de crimes de guerre. »

Les FDLR ont été temporairement repoussées de leurs positions militaires en janvier et février 2009 après le déclenchement d'une opération militaire menée conjointement contre elles par les troupes congolaises et rwandaises le 20 janvier. A la suite du retrait des forces rwandaises le 24 février, l'intensité des actions militaires a diminué et les FDLR ont réoccupé nombre de leurs positions précédentes.

Plus récemment, au moins sept civils ont été tués et 24 autres blessés au cours des attaques des FDLR à Beni et Walikale début avril. Le 20 mars 2009, les FDLR ont attaqué Buhuli, au Nord-Kivu, et quatre autres villages proches, tuant au moins cinq civils, dont deux femmes, un homme âgé, une fillette de 7 ans et un garçon de 9 ans. Le 13 février, les FDLR ont attaqué le village de Kipopo, tuant au moins 13 personnes, brûlées vives dans leurs maisons.

Fin février, les FDLR ont enlevé au moins douze femmes et filles à Remeka, en territoire Masisi au Nord-Kivu. Deux femmes qui ont pu s'échapper ont indiqué que les combattants FDLR avaient tué brutalement neuf des femmes et filles quand elles ont résisté à leurs tentatives de viol. Le sort des autres demeure inconnu.

L'armée congolaise a également été impliquée dans de nombreux viols. En mars, des soldats congolais ont violé au moins 21 femmes et filles dans les le sud du territoire de Masisi et dans le nord du territoire de Kalehe. Plusieurs victimes ont subi des viols collectifs d'une grande brutalité, lors d'incursions durant lesquelles les soldats se sont par ailleurs livrés au pillage.

Le 24 mars, quatre femmes de Ziralo, au Sud-Kivu, revenaient du marché quand elles ont été arrêtées par un groupe de soldats de l'armée devant une barricade improvisée. Les soldats ont saisi les sacs de nourriture que portaient les femmes et ont dit qu'ils allaient examiner leurs vagins pour chercher de l'argent caché. Les soldats ont emmené les femmes dans la forêt proche et ont violé collectivement chacune d'entre elles pendant plusieurs heures. L'une des femmes était enceinte de six mois, et a été violée avec tant de brutalité qu'elle a perdu l'enfant qu'elle portait.

Les meurtres commis récemment par le groupe rebelle viennent s'ajouter à ceux perpétrés le 27 janvier, lorsque des combattants des FDLR ont massacré des dizaines de civils utilisés comme boucliers humains, à leurs positions militaires à Kibua. Un témoin à Kibua interrogé par Human Rights Watch a vu un combattant des FDLR frapper à mort une fillette de 10 ans contre un mur de briques.

Selon les Nations Unies, environ 250 000 personnes ont fui leurs maisons dans l'est du Congo depuis le mois de janvier, venant s'ajouter aux centaines de milliers d'autres qui ont fui les précédentes vagues de violence.

L'armée congolaise indique qu'elle se prépare à la prochaine phase d'opérations contre les FDLR, en étendant cette fois ces opérations au Sud-Kivu. L'armée a mobilisé plus de 10 000 soldats supplémentaires issus d'anciens groupes rebelles congolais, notamment le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), la Coalition des patriotes résistants congolais (PARECO), et d'autres milices locales. Les brigades rapidement constituées ainsi d'anciens ennemis ont été envoyées sur les lignes de front sans salaires ni rations, ni aucune formation, augmentant le risque de violations futures des droits humains.

De graves exactions commises à l'encontre des civils par les soldats gouvernementaux ont déjà été signalées. Des soldats de l'armée ont tué au moins cinq civils dans le territoire de Lubero au mois de mars, certains au cours de pillages. A Ziralo, un homme âgé a été tué par des soldats alors qu'ils violaient sa femme et pillaient sa maison.

Le processus d'intégration rapide n'a comporté aucun mécanisme de contrôle pour empêcher que des individus ayant précédemment commis de graves atteintes aux droits humains soient promus et intégrés dans l'armée congolaise.

Bosco Ntaganda, sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour le crime de guerre d'enrôlement d'enfants soldats et pour leur utilisation dans des hostilités, a été promu au grade de général dans l'armée congolaise en janvier 2009. En plus des accusations de la CPI, Ntaganda a été accusé d'avoir commandé les troupes qui ont massacré 150 civils à Kiwanja dans la province du Nord-Kivu en novembre 2008.

Jean-Pierre Biyoyo a récemment été nommé colonel de l'armée congolaise, bien qu'en mars 2006 un tribunal militaire congolais l'ait reconnu coupable de recrutement d'enfants soldats. Il s'est évadé de prison par la suite. Tant Ntaganda que Biyoyo jouent un rôle important dans les opérations militaires actuelles.

L'armée congolaise sera appuyée par la force de maintien de la paix de l'ONU au Congo, la MONUC, dans ses opérations militaires contre les FDLR. La MONUC affirme que la protection des civils est la première de ses priorités, mais la façon dont les civils vont être protégés contre de futures attaques des FDLR ou des soldats de l'armée congolaise reste à préciser.

« La protection des civils ne peut être efficace que si les auteurs d'atteintes aux droits humains sont exclus des rangs de l'armée congolaise », a observé Anneke Van Woudenberg. « Le Conseil de sécurité, avant de donner son soutien aux opérations militaires, devrait obtenir une réponse immédiate de la part du gouvernement congolais précisant quand il procèdera à ces arrestations et ce qu'il compte faire pour empêcher que ses troupes ne commettent à nouveau des viols et des meurtres. »

Lien

Libellés : , , , ,


jeudi, février 12, 2009

 

RD Congo : Les ONG craignent pour la sécurité des civils, par Marie-Êve Marineau



(Goma) - Une coalition de 100 organisations humanitaires et des droits humains a appelé aujourd'hui le Sous-secrétaire général de l'ONU aux affaires humanitaires, John Holmes, à insister pour que la protection des civils soit une priorité absolue lors de l'opération militaire commune congolaise et rwandaise dans l'est de la République démocratique du Congo. Holmes devrait arriver à Goma, la capitale du Nord Kivu, le 7 février 2009.

Dans une lettre ouverte adressée à Holmes, la Congo Advocacy Coalition a exprimé son inquiétude du fait que l'opération militaire conjointe a jusqu'ici contribué à ce que des milliers de personnes fuient leurs foyers devant les menaces de violences, venant s'ajouter aux 1,2 million de personnes déjà déplacées au cours de précédentes vagues de combat. La coalition a aussi formulé ses préoccupations quant aux meurtres en représailles et à l'utilisation de civils comme boucliers humains par les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), de même que suite aux informations faisant état de viols et de pillages commis par toutes les parties.

« Les civils congolais sont toujours pris pour cible quand il y a des opérations militaires et leurs craintes d'être tués, violés ou pillés sont très réelles », a déclaré Juliette Prodhan d'Oxfam. « Les forces congolaises et rwandaises et les forces de maintien de la paix de l'ONU devraient faire tout leur possible pour garantir que les civils sont protégés durant les opérations conjointes et qu'ils ne sont pas encore une fois pris pour cible. »

Le 20 janvier 2009, les gouvernements congolais et rwandais ont déclenché une opération militaire conjointe contre les FDLR, un groupe armé basé dans l'est du Congo, dont certains dirigeants sont recherchés pour génocide. Bien qu'il n'y ait eu que quelques escarmouches jusqu'ici, on s'attend généralement à ce que les combats s'intensifient et s'étendent dans les prochains jours et les prochaines semaines.

La coalition a mis en garde contre une répétition des brutalités inimaginables subies par les civils congolais dans le territoire du Haut-Uele dans le nord-est du Congo après le déclenchement d'une opération militaire conjointe ougandaise et congolaise pour désarmer l'Armée de résistance du seigneur (LRA), un groupe rebelle ougandais basé au Congo. Plus de 700 personnes ont été massacrées par la LRA en moins d'un mois. Des mesures de protection minimes avaient été mises en place pour protéger les personnes en danger et pour arrêter les massacres.

La mission de maintien de la paix de l'ONU au Congo, la MONUC, dispose d'un mandat fort de protection des civils, mais elle a été laissée en dehors de l'organisation militaire dans les deux opérations conjointes dans les Kivus et le territoire du Haut-Uele. De plus, elle attend toujours les 3000 renforts autorisés il y a près de trois mois. Dans sa lettre, la Congo Advocacy Coalition a exhorté Holmes à insister pour que la mission de maintien de la paix joue un rôle central pour la protection et l'assistance aux civils dans l'organisation de toutes les opérations militaires et pour que la mission reçoive les ressources nécessaires, selon le mandat du Conseil de sécurité de l'ONU, afin de protéger efficacement les civils et de garantir l'accès humanitaire.

La coalition a aussi appelé Holmes à exhorter les parties à renouer le processus politique nécessaire pour traiter les problèmes sous-jacents qui nourrissent le conflit du Congo, tels que l'exploitation des richesses minières, le manque de justice et le manque de représentation des minorités.

« Tous les groupes armés doivent déposer les armes », a insisté Kubuya Muhangi, le président de CRONGD-Nord Kivu. « Les gens dans l'est du Congo veulent désespérément rentrer chez eux et pouvoir y rester sans craindre de devoir prendre la fuite à nouveau. »

La Congo Advocacy Coalition, constituée d'organisations non gouvernementales locales et internationales, a été créée en juillet 2008 pour plaider pour une plus grande protection des civils et le respect des droits humains dans l'est du Congo. Les membres du comité d'organisation de la coalition sont: ActionAid, ENOUGH Project, Human Rights Watch, International Rescue Committee (IRC), Mercy Corps, Norwegian Refugee Council (NRC), Oxfam, Conseil Régional des Organisations Non Gouvernementales de Développement (CRONGD) - Nord Kivu, Promotion et Appui aux Initiatives Féminines (PAIF) - Nord Kivu, Institut Congolais pour la Justice et la Paix (ICJP) - Sud Kivu, et Association des Femmes Juristes du Congo (AFEJUCO) - Sud Kivu.

Autres signataires :

ONG internationales :

Action Against Hunger/ Action Contre la Faim (ACF) - USA, American Bar Association (ABA) Rule of Law Initiative in DRC, Beati i costruttori di pace/ Blessed are the Peacemakers, CAFOD, CARE International, Centre Lokole/ Search for Common Ground, Global Witness, International Emergency and Development Aid (IEDA) Relief, Jesuit Refugee Service (JRS) Great Lakes, Refugees International, Tearfund, Trocaire, War Child Holland

ONG congolaises :

ACAEFAD, Action by Christians Against Torture (ACAT)/Sud Kivu, ACPS, Action des Chrétiens Activistes des Droits de l'Homme à Shabunda (ACADHOSHA), ADECOF/Sud Kivu, AFCD, AFCDI, AFECEF, AJERF, Africa Justice Peace and Development (AJPD), ALCM, AMALDEFEA, AMI-KIVU, ANAMEDAPED, APIBA, APRODEPED, ASADHO (Association africaine de défense des droits de l'homme) - Sud Kivu, ASALAK, Action Sociale pour la Paix et le Développement (ASPD), Association pour le Développement des Initiatives Paysannes (ASSODIP), AYINET/DRC, BDENA, Blessed Aid, CADRE, Collectif des Associations des Femmes Pour le Développement (CAFED), Campagne Pour la Paix (CPP), CCJT, CEDAC, CELPA/SK, Centre d'Appui pour le Développement Rural Communautaire (CADERCO), Centre de Recherche sur l'Environnement, la Démocratie et les Droits de l'Homme (CREDDHO), Centre de promotion socio-sanitaire (CEPROSSAN), Centre d'Etudes et de Recherche en Education de Base pour le Développement Intégré (CEREBA), Coalition RDC pour la Cour Pénale Internationale (CPI), Collectif des Organisations des Jeunes Solidaires du Congo (COJESKI)/Sud Kivu, Collectif des Organisations des Jeunes Solidaires du Congo (COJESKI)/ Nord Kivu, COPARE, CUBAKA, DYJESKI, EFD, Encadrement des femmes indigènes et des ménages vulnérables (EFIM), Entraide des Femmes pour les Déshérités (EFD) - Uvira Sud -Kivu, Foyer Social de Mogo (FSM/Kabare), GAIDER, GAMAC, GRAM-Kivu, Groupe d'Etudes et d'Actions Pour un Développement Bien Défini (GEAD) /Nord-Kivu, Groupe de Voix des Sans Voix (GVSV), Groupe Féminine, HEAL Africa, Héritiers de la Justice, Humanitas, IGE/CCD, La Synergie des femmes pour les victimes des violences sexuelles (SFVS), Mamans Umoja, Martin Luther King Non-Violence Group, OCET, PAL, PAMI, Perspectives « Monde Juste », PIDP-Kivu, PRENAO, PRODES, Promotion de la Démocratie et Protection des Droits Humains (PDH), RADHOSKI-Sud Kivu, Réseau Provincial des ONG de Droits de l'Homme (REPRODHOC)/Nord-Kivu, RFDP, SAMS, SARCAF, SILDE, SJPR/EST, Solidarité pour la Promotion Sociale et la Paix (SOPROP), SYNECAT, UCODE, UPADERI, VOVOLIB (Voix des Sans Voix ni Liberté)

Lien

Libellés : , , ,


mardi, janvier 27, 2009

 

RD Congo : Pour son premier procès, la Cour pénale internationale s’attaque à l’utilisation des enfants soldats, par Renata Daninsky



(Bruxelles) - Le procès de la Cour pénale internationale (CPI) contre Thomas Lubanga Dyilo, qui s'ouvrira lundi 26 janvier 2009 à La Haye, représente une étape marquante dans les efforts menés afin de punir et mettre fin à l'utilisation des enfants dans des opérations militaires, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Au même moment, toutefois, un autre chef de guerre congolais, Bosco Ntaganda, recherché par la Cour pénale internationale, est toujours libre.

Lubanga, ancien dirigeant de la milice l'Union des Patriotes Congolais (UPC) qui a mené des opérations dans le district de l'Ituri, au nord-est du Congo, est accusé d'avoir recruté et enrôlé des enfants de moins de 15 ans comme soldats, et de les avoir fait participer activement aux affrontements de septembre 2002 à août 2003. Les forces UPC de Lubanga ont également tué, violé et torturé des milliers de civils en Ituri.

« Ce premier procès de la CPI rappelle avec force que l'utilisation des enfants dans des affrontements armés est un crime de guerre qui peut faire l'objet de poursuites au niveau international », a déclaré Param-Preet Singh, conseillère juridique auprès du Programme Justice internationale de Human Rights Watch. « Les forces UPC de Lubanga ont également massacré des milliers de personnes, et les responsables devraient rendre des comptes pour ces crimes-là aussi. »

Le procès de Lubanga devait initialement commencer en juin 2008. Cependant, les juges de la Chambre de première instance avaient à ce moment-là décidé à l'unanimité de "suspendre" la procédure - et donc le procès - en raison de l'incapacité de l'accusation à communiquer un certain nombre de documents recueillis sous couvert de confidentialité auprès d'informateurs, comme l'autorise le Statut de Rome. Les juges avaient en effet déterminé que cette situation mettait à mal le droit de Lubanga à recevoir un procès équitable. L'accusation a œuvré en collaboration avec ces sources confidentielles à répondre aux préoccupations des juges, et en novembre 2008, la Chambre a autorisé la reprise de la procédure.

Le conflit en Ituri et les autres conflits à l'est du Congo révèlent le rôle joué par des forces armées non-congolaises. L'Ituri en particulier est devenu un champ de bataille impliquant les gouvernements de l'Ouganda, du Rwanda, et du Congo. Ces gouvernements ont fourni une aide politique et militaire aux groupes armés congolais, en dépit de preuves abondantes des violations massives du droit humanitaire international dont ces groupes se rendaient responsables. Le procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo, a déclaré à maintes reprises que son objectif est de traduire en justice les principaux responsables des crimes les plus graves.

"Pour remonter aux racines du conflit en Ituri, l'action de la CPI ne doit pas se limiter aux seigneurs de guerre locaux comme Lubanga," selon Singh. "Nous attendons du Procureur qu'il poursuivre ceux qui ont soutenu l'UPC de Lubanga et les autres groupes armés qui opéraient en Ituri, y compris les responsables au plus haut niveau à Kinshasa, Kigali, et Kampala."

La CPI doit relever un autre défi : s'assurer que le procès soit significatif pour les communautés les plus touchées par les crimes commis au Congo. Human Rights Watch a souligné le fait que le procès de Lubanga représente une opportunité unique que la CPI ne peut pas manquer, et qu'il incombe à la cour de déployer tous les efforts possibles pour faire connaître les avancées de la procédure judiciaire à La Haye aux populations du Congo. Rendre justice ne suffit pas, elle doit également être rendue de manière visible et compréhensible. Human Rights Watch examinera de près les actions de la Cour dans ce domaine.

Bosco Ntaganda encore recherché par la CPI

Bosco Ntaganda, qui collaborait avec Lubanga comme chef des opérations militaires de l'UPC, est également accusé de crimes de guerre par la CPI mais reste en liberté. Il est le chef d'état major militaire du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP), un groupe rebelle qui collabore depuis récemment avec les armées nationales congolaise et rwandaise aux opérations militaires visant un groupe armé rwandais à l'est du Congo.

Les 4 et 5 novembre 2008, les troupes du CNDP, sous le commandement de Ntaganda, ont tué environs 150 personnes dans le village de Kiwanja, commettant ainsi un des pires massacres de ces deux dernières années au Nord Kivu.

Début janvier, Ntaganda a déclaré qu'il était le nouveau chef du CNDP, jusque là dirigé par Laurent Nkunda ; le 16 janvier, il a annoncé avoir renoncé aux hostilités contre l'armée nationale congolaise et indiqué qu'il se joindrait aux troupes de cette dernière afin de mener le combat contre les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé rwandais dont certains chefs ont participé au génocide au Rwanda en 1994.

"Bosco Ntaganda n'est pas un partenaire fiable ni pour le gouvernement congolais ni pour aucun autre gouvernement, » a précisé Singh. "Il est accusé de crimes de guerre et recherché par la CPI, et devrait être arrêté immédiatement, et non pas célébré comme partenaire pour la paix. »

Le gouvernement congolais, un état partie au Statut de Rome qui a établi la Cour pénale internationale, est dans l'obligation d'arrêter Ntaganda. Néanmoins, aucune tentative d'arrestation n'a été faite la semaine dernière lorsque Ntaganda se trouvait à Goma aux côtés du ministre de l'Intérieur congolais et d'autres officiers militaires de haut grade.

Contexte

Outre les crimes relatifs aux enfants soldats, l'UPC de Thomas Lubanga, qui prétendait servir les intérêts de l'ethnie Hema dans le district d'Ituri au nord-est du Congo, a participé à des massacres à caractère ethnique, à des actes de torture et des viols pendant le conflit en Ituri.

En mars 2006, Lubanga a été arrêté et remis à la Cour Pénale Internationale à La Haye sur la base d'accusations concernant le recrutement d'enfants soldats. En janvier 2007, les juges de la CPI ont estimé les preuves existantes suffisantes pour engager un procès.

Ce procès est le premier au cours duquel les victimes seront autorisées à prendre part à une procédure judiciaire internationale. Un peu plus de quatre-vingt-dix victimes ont été retenues pour y participer par le biais de leurs représentants légaux. Sans être parties au procès, les victimes disposent cependant de certains droits pendant la procédure, à condition que l'exercice de ces droits n'entre pas en contradiction avec ceux de l'accusé et ne compromette pas l'équité du procès. Ces droits incluent celui de soumettre des preuves à charge ou à décharge, et de contribuer ainsi à la recherche de la vérité.

La CPI a inculpé trois autres seigneurs de guerre congolais pour des crimes relatifs aux enfants soldats, parmi lesquels Bosco Ntaganda mentionné ci-dessus. Deux autres encore, chefs de milices d'ethnies alliées mais rivales de celle de Lubanga, sont actuellement en détention à la Haye. Il s'agit de Germain Katanga, des Forces de Résistances Patriotiques d'Ituri (FRPI), un groupe armé Ngiti, et Mathieu Ngudjolo, du Front Nationaliste et Intégrationniste (FNI), une milice Lendu. Tous les deux sont accusés d'avoir utilisé des enfants soldats pour attaquer des civils du village de Bogoro début 2003, ainsi que d'autres crimes de guerre et crimes contre l'humanité, incluant meurtres, esclavage sexuel et viols.

Des enfants sont actuellement recrutés et engagés dans des conflits armés dans au moins 15 pays et territoires dans le monde : l'Afghanistan, la Birmanie (Myanmar), la République Centrafricaine, le Tchad, la Colombie, la République Démocratique du Congo, l'Inde, l'Irak, les Territoires Occupés Palestiniens, les Philippines, la Somalie, le Sri Lanka, le Soudan, la Thaïlande, et l'Ouganda. En RDC, au moins cinq des parties prenantes au conflit armé à l'est sont connues pour avoir recours aux enfants soldats. Il s'agit de l'armée congolaise (FARDC), des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda, du Congrès National pour la Défense du Peuple, des groupes Mai Mai pro-gouvernementaux, et de l'Armée de Résistance du Seigneur.

En plus des dossiers traités par la CPI, la Cour Spéciale pour la Sierra Leone avait également inclus dans les actes d'accusation de ses neufs premiers accusés, dont l'ancien président du Libéria Charles Taylor, le recrutement et l'utilisation d‘enfants de moins de 15 ans comme soldats. A ce jour, la Cour Spéciale a condamné pour ce crime quatre accusés; les condamnés purgent des peines s'échelonnant de 7 à 50 ans de prison. Le procès de Taylor par la Cour Spéciale est en cours.

L'Ituri est l'une des régions les plus durement touchées par les guerres dévastatrices qui ont eu lieu au Congo. Le conflit armé local qui a éclaté en 1999 entre les ethnies Hema et Lendu a été envenimé par les forces militaires ougandaises et les ramifications du conflit global dans la région des Grands Lacs. Quand ce conflit a connu une escalade et que les groupes armés se sont multipliés, plus de 60 000 civils ont été massacrés en Ituri, selon les Nations Unies. La bataille pour le contrôle des lucratives mines d'or et routes commerciales de la région a été un facteur majeur alimentant le conflit. Les armées étrangères et les groupes armés locaux - voyant le contrôle des mines d'or comme un moyen d'obtenir de l'argent, des armes, et du pouvoir - se sont combattus farouchement, prenant alors souvent les civils pour cible. Dans leur lutte acharnée pour l'or, des groupes armés comme l'UPC de Lubanga ont été impliqués dans des massacres ethniques, des actes de torture, et des viols massifs.

Human Rights Watch enquête depuis 1999 sur les violations des droits humains commises en Ituri. Human Rights Watch a publié des rapports détaillés en 2001, 2003, et 2005, ainsi que des dizaines de communiqués de presse et de notes d'information détaillant les atrocités massives commises par l'ensemble des groupes armés.

Lien

Libellés : , , , ,


mercredi, décembre 17, 2008

 

RD Congo : Il faut protéger les enfants contre le viol et le recrutement, par Renata Daninsky



Le Conseil de sécurité de l'ONU devrait réagir face à l'escalade des violations perpétrées contre les enfants dans l'Est de la République démocratique du Congo, notamment le recrutement d'enfants soldats et les violences sexuelles, a déclaré Human Rights Watch dans une lettre envoyée le 10 décembre 2008 aux membres du Conseil de sécurité. Le groupe de travail du Conseil de sécurité sur les enfants et les conflits armés doit se réunir cette semaine pour examiner les mesures à prendre à cet égard.

Au moins 175 enfants ont été recrutés de force pour servir au sein de troupes armées depuis que les intenses combats ont repris en août entre l'armée congolaise (FARDC) et le groupe rebelle dirigé par Laurent Nkunda, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Selon certaines sources, ce nombre pourrait être beaucoup plus élevé. Des dizaines de filles ont été violées par les parties au conflit. Human Rights Watch a observé certaines de ces exactions lors d'une visite effectuée la semaine dernière.

«Si seulement les membres du Conseil de sécurité avaient pu accompagner nos chercheurs», a déclaré Jo Becker, directrice de campagne à la division des droits de l'enfant à Human Rights Watch. «Voir des enfants drogués portant des AK-47 pourrait les convaincre qu'ils devraient prendre des mesures plus sévères pour mettre un terme au recrutement et au viol d'enfants et faire en sorte que les parties coupables répondent de leurs actes.»

Les chercheurs de Human Rights Watch se sont rendus à Nyamilima et Ishasha dans la province du Nord-Kivu, où ils ont vu au moins 30 enfants gardant des barricades et patrouillant dans les rues avec des armes qu'ils arrivaient à peine à porter. Certains n'avaient pas plus de 12 ans et quatre d'entre eux étaient des filles. Ils opéraient dans des zones aujourd'hui sous le contrôle des milices Maï Maï et du groupe armé rwandais, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Dans certaines zones des territoires de Rutshuru et de Masisi, au Nord-Kivu, les rebelles de Nkunda et d'autres groupes armés sont allés de maison en maison, forçant les jeunes garçons et adultes, dont certains n'avaient pas plus de 14 ans, à servir dans leurs rangs. Dans d'autres zones, à proximité des camps de déplacés, le groupe a recruté des garçons qui n'avaient pas plus de 12 ans. Certains ont été envoyés au combat sans entraînement militaire.

Fin octobre, les groupes pro-gouvernementaux Maï Maï ont recruté des dizaines d'enfants pour servir dans leurs rangs et l'armée congolaise a également recruté des enfants pour transporter et distribuer des armes.

Dans le monde, depuis 2002, 14 parties à des conflits armés ont été épinglées par le secrétaire général de l'ONU pour des violations régulières et répétées des lois internationales interdisant le recrutement et l'utilisation d'enfants soldats. Quatre de ces «violateurs récidivistes» recrutent actuellement des enfants en RDC - l'armée congolaise (FARDC), les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), les groupes pro-gouvernementaux Maï Maï et l'Armée de résistance du Seigneur («Lord's Resistance Army», ou LRA).

«Ce qui est tragique, c'est que bon nombre des enfants saisis récemment sont des ‘re-recrues' qui sont déjà passées par les programmes de démobilisation», a déploré Jo Becker. «Ces programmes sont trop courts et les enfants ont de toute urgence besoin de davantage de soutien et de protection pour qu'une fois rentrés dans leurs familles, ils ne soient pas de nouveau recrutés.»

Human Rights Watch a également recueilli des informations sur des viols de filles et de femmes commis par des soldats de l'armée congolaise et des combattants du CNDP, des FDLR et des milices Maï Maï. Au cours des dernières semaines, des dizaines de femmes et de filles de Nyamilima et d'Ishasha ont été violées par des combattants Maï Maï, dont des fillettes qui n'avaient pas plus de 9 ans, attaquées alors qu'elles travaillaient au champ ou dormaient chez elles la nuit. Certains témoins ont reconnu que des combattants des FDLR avaient essayé de contenir les exactions des Maï Maï, mais dans de nombreuses zones, les deux groupes ont collaboré lors des attaques.

Des soldats de Nkunda ont violé au moins 16 femmes et filles fin octobre et en novembre suite à la prise de Rutshuru et de Kiwanja par leurs forces. Des soldats de l'armée congolaise qui battaient en retraite devant la progression du groupe ont violé plus d'une douzaine de femmes et de filles alors qu'ils fuyaient Goma le 29 octobre.

Des dizaines de milliers de femmes et de filles ont été violées depuis le début de la guerre en 1998, et un récent rapport du secrétaire général a révélé qu'entre juin 2007 et juin 2008, l'ONU avait recensé 5 517 cas de violences sexuelles sur des enfants en Ituri ainsi que dans les deux Kivus - soit 31 pour cent de toutes les victimes de violences sexuelles.

Human Rights Watch a appelé l'Union européenne à envoyer de toute urgence une force « relais » dans l'est du Congo pour aider les casques bleus de l'ONU à prévenir de nouvelles attaques contre les civils, notamment les enfants. Faisant suite à une demande antérieure adressée à l'UE par le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, Human Rights Watch a écrit (http://www.hrw.org/en/news/2008/12/09/european-union-deploy-bringing-force-north-kivu-eastern-drc ) aux chefs d'État de l'UE le 9 décembre, leur demandant de déployer rapidement cette force dans l'est du Congo.

Human Rights Watch a vivement recommandé au Conseil de sécurité de :

  • Prendre des mesures, y compris des sanctions supplémentaires, contre les parties responsables du recrutement et de l'utilisation d'enfants soldats ainsi que des viols et violences sexuelles;
  • Prier les membres du Conseil de sécurité et les gouvernements de la région d'appréhender les personnes recherchées par la Cour pénale internationale (CPI), dont le chef d'état-major du CNDP, Bosco Ntaganda, accusé par la CPI de crimes commis en Ituri en 2002 et 2003 en lien avec les enfants soldats ; et
  • Veiller à ce que l'UNICEF, la MONUC (mission de maintien de la paix de l'ONU) ainsi que les autres agences de l'ONU compétentes reçoivent les ressources et le personnel adéquats pour promouvoir la démobilisation et la réinsertion des enfants soldats, notamment des filles associées aux groupes armés.

Déclarations d'enfants

(Tous les noms apparaissant ci-après ont été changés afin de protéger la vie privée des enfants.)

Anthony

Anthony était l'un des quelque 50 enfants et des dizaines d'adultes recrutés de force à la mi-septembre par des groupes rivaux, le CNDP et les PARECO, juste à l'extérieur du camp de déplacés de Ngungu (territoire de Masisi). Sa famille s'était réfugiée à Ngungu quelques jours plus tôt, après que les deux groupes se furent affrontés dans son village d'origine, Numbi :

«Cinq soldats du CNDP m'ont arrêté sur la route en plein jour. Ils m'ont envoyé avec un groupe important d'autres hommes et garçons, qui avaient entre 12 et 40 ans, à Murambi où ils disaient que nous allions porter des caisses de munitions pour les soldats rebelles. Ils nous ont tellement battus que nous n'avons pas pu résister. Quand nous sommes arrivés à Murambi, ils ne nous ont pas ordonné de transporter des caisses, et au lieu de ça ils nous ont donné des uniformes militaires et nous ont montré comment nous servir des armes. Puis au bout de trois jours, ils nous ont tous mis dans une prison souterraine. Nous y sommes restés pendant quatre jours, et de nouvelles recrues nous rejoignaient chaque jour. Le quatrième jour, ils nous ont fait sortir de la prison et nous ont emmenés à Karuba. Cette nuit-là, j'ai réussi à m'échapper avec deux autres recrues, et nous avons couru tout le long du chemin jusqu'à Ngungu. Les autres qui sont restés derrière ont été envoyés à Kitchanga pour un entraînement militaire.»

Quand Anthony et les deux autres hommes sont arrivés à Ngungu, ils se sont réfugiés à la base de la MONUC. Comme beaucoup de combattants qui choisissent de déposer les armes ou qui échappent au recrutement forcé, ils ont ensuite été remis aux autorités congolaises qui les ont envoyés à la prison du renseignement militaire à Goma (connue sous le nom de T2) comme point de transit avant d'être placés dans des camps de démobilisation. Les détenus de cette prison sont souvent incarcérés pendant des semaines ou des mois sans chef d'accusation et sont soumis à des traitements cruels et dégradants ; certains sont torturés. Au bout de cinq jours à la T2 sans manger, Anthony a réussi à s'échapper de la prison et il a à nouveau cherché refuge à la base de la MONUC à Goma.

«Je veux retourner chez nous à Numbi», a affirmé Anthony. «Mais j'ai peur. Si les soldats du CNDP me trouvent, ils me tueront.»

Marie

Marie est une jeune fille de 16 ans qui a été violée par un soldat du CNDP dans une ferme à l'extérieur de Rutshuru le 29 octobre, juste après que le groupe eut pris le contrôle de la ville :

«Le jour où le CNDP est arrivé à Rutshuru, ils ont pillé mon quartier et ont abattu deux garçons, alors j'ai décidé de fuir à Goma. J'ai traversé en courant les fermes situées aux abords de Rutshuru et j'ai rencontré deux soldats tutsis armés de fusils et de lances. Ils m'ont interceptée dans une ferme. J'étais seule. Un des soldats parlait kinyarwanda et l'autre swahili. Ils m'ont dit : «Nous allons te tuer». Puis ils ont appuyé un couteau sur mon bras. Je leur ai dit : «Non, s'il vous plaît, pardonnez-moi». Alors ils ont dit : «Le seul moyen pour que nous te pardonnions, c'est de te violer». Ils ont déchiré mes vêtements avec le couteau. Un des soldats m'a violée de 16 à 19 heures. Il y avait du sang partout. Ensuite, quand le second a voulu commencer, des coups de feu ont retenti à proximité et ils sont partis en me disant que si je m'enfuyais, ils me tueraient. Après cela, j'ai réussi à m'échapper et j'ai pu arriver jusqu'à Kibati [un grand camp de déplacés situé à l'extérieur de Goma]. J'ai encore très mal mais je n'ai pas de médicaments et il n'y a personne ici pour me soigner.»

Liliane

Liliane vit dans un camp de déplacés à Rutshuru. Elle a été violée alors qu'elle était retournée dans son village pour aller chercher à manger :

«Une fois, quand j'ai essayé de retourner dans mon village, les FDLR m'ont retenue et m'ont violée. Ils m'ont amenée sur le bord de la route, près du village de Buhuga. Il y avait huit combattants des FDLR. J'étais avec sept autres filles. Nous avons toutes été violées. Les autres filles étaient de mon village, mais elles ne vivent pas dans ce camp. Ils nous ont prises à 2 h de l'après-midi et ils nous ont laissées partir le lendemain à 4 h de l'après-midi. Nous avons passé la nuit avec eux puis ils nous ont laissées partir. Un soldat m'a violée ; il y avait un soldat pour chaque fille. Ils nous ont gravement maltraitées. Ils nous ont menacées avec leurs armes, mais ils ne s'en sont pas servi contre nous. J'avais 17 ans quand c'est arrivé. Les autres filles avaient 16, 17 et 18 ans. Nous sommes toutes allées à l'hôpital à Rutshuru après ça. J'ai étudié jusqu'à la sixième, mais je ne peux pas étudier maintenant que je suis déplacée. Je veux juste que les FDLR et le CNDP s'en aillent pour pouvoir rentrer à la maison et continuer ma vie.»

Lien

Libellés : , , , ,


jeudi, décembre 11, 2008

 

RD Congo : Une force « relais » de l’UE est nécessaire pour protéger les civils, par Francis Chartrand



L'Union européenne devrait de toute urgence envoyer une force «relais» dans l'Est du Congo pour aider les soldats de maintien de la paix de l'ONU à empêcher de nouvelles attaques contre les civils, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui.

Le rapport de 30 pages, «Massacres à Kiwanja : L'incapacité de l'ONU à protéger les civils» («Killings in Kiwanja: The UN's Inability to Protect Civilians»), décrit les meurtres d'environ 150 personnes dans la ville de Kiwanja les 4 et 5 novembre 2008, qui ont constitué le pire massacre dans la province du Nord Kivu en deux ans. Bien que les soldats de maintien de la paix de l'ONU aient considéré Kiwanja comme une zone de protection prioritaire, ils n'ont pas disposé ni d'un nombre suffisant de soldats ni de la capacité d'empêcher les tueries. Les survivants n'ont pu que courir vers une base de l'ONU distante de moins d'un kilomètre et se regrouper à l'extérieur de la clôture pour se protéger.

«L'Union européenne ne devrait pas attendre de nouveaux massacres pour agir», a insisté Anneke Van Woudenberg, chercheuse senior pour l'Afrique à Human Rights Watch. «Les forces actuelles de l'ONU n'ont tout simplement pas la capacité, ou sont en nombre insuffisant, pour protéger tous les Congolais exposés au risque terrible d'autres attaques.»

Le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé des troupes supplémentaires de maintien de la paix en novembre, mais estime que les renforts pourraient mettre jusqu'à quatre mois pour arriver. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a demandé à l'Union européenne de fournir une force à court terme pour protéger les civils jusqu'à ce que d'autres troupes de l'ONU soient en place.

Human Rights Watch a écrit aux chefs d'Etat européens le 9 décembre, leur demandant de déployer cette force rapidement dans l'Est du Congo.

La plupart des personnes tuées à Kiwanja ont été exécutées sommairement le 5 novembre par les forces du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) du commandant rebelle Laurent Nkunda, après que le groupe rebelle, qui contrôlait la ville depuis le 29 octobre, ait repoussé une attaque des milices Maï Maï pro gouvernementales. Les Maï Maï ont aussi tué délibérément plusieurs civils.

Le rapport de Human Rights Watch s'appuie sur plus de 130 entretiens menés à Kiwanja et Goma auprès de victimes, de témoins, de travailleurs humanitaires, de soldats de maintien de la paix de l'ONU et de représentants du groupe rebelle de Nkunda.

Après avoir rétabli leur contrôle sur Kiwanja le 5 novembre, les rebelles ont lancé une opération brutale contre les éventuels combattants Maï Maï restants ou leurs sympathisants supposés. Selon des témoins, les combattants ont fait irruption dans les maisons, demandant de l'argent et des téléphones portables, puis ont tué les hommes et les adolescents qui s'y trouvaient, les massacrant devant leurs familles ou dans les rues avoisinantes. La plupart ont été abattus, mais d'autres ont été tailladés à mort à coups de machettes ou transpercés avec des lances. Des femmes et des enfants, dont des personnes qui tentaient de protéger des membres de leurs familles, ont également été tués.

Depuis le massacre, les deux forces ont continué à prendre les civils pour cibles. Les enquêtes de Human Rights Watch ont révélé que les rebelles de Nkunda et les combattants Maï Maï ont tué au moins 18 autres civils fin novembre et début décembre. Les parties en guerre ont aussi violé plus de 16 femmes et filles, et ont recruté par la force des dizaines d'enfants pour le service armé depuis la fin d'octobre.

Les chercheurs de Human Rights Watch ont également documenté la destruction systématique de six camps pour personnes déplacées à Kiwanja et aux alentours, ainsi que dans la ville voisine de Rutshuru. Les personnes déplacées ont fui vers divers endroits et la plupart n'ont pas encore été localisées cinq semaines après l'attaque.

Les rebelles ont déclaré un cessez-le-feu unilatéral le 29 octobre, mais sans grande conséquence dans les zones rurales, où les combats continuent et une grande partie de la population demeure en grand danger.

«Les rebelles de Nkunda et autres groupes armés doivent cesser immédiatement toutes les attaques contre les civils, le viol des femmes et des filles et la destruction des camps de personnes déplacées», a ajouté Anneke Van Woudenberg. «Les responsables de ces brutales atrocités doivent être arrêtés et tenus responsables de leurs actes.»

La mission de maintien de la paix de l'ONU au Congo, la MONUC, disposait de 120 soldats de maintien de la paix à Kiwanja, l'une de ses bases les plus importantes sur le terrain au Nord Kivu. Du fait de l'importance de Kiwanja et de Rutshuru comme centres de l'assistance humanitaire, les soldats de maintien de la paix de l'ONU considéraient ces localités comme zone de protection prioritaire. Toutefois, les soldats de maintien de la paix n'ont pas été capables d'empêcher les rebelles de Nkunda de s'emparer des villes ou de détruire les camps pour personnes déplacées. Ils n'ont pas été non plus capables d'arrêter le meurtre et le viol de civils.

Les soldats de maintien de la paix de l'ONU comptaient sur la coopération des forces de l'armée congolaise pour assurer la sécurité des villes, mais ce soutien a été limité. Toute possibilité qu'auraient pu avoir les soldats de maintien de la paix de protéger les civils par eux-mêmes a été contrecarrée par les déficiences logistiques et les priorités concurrentes auxquelles la force de maintien de la paix a été confrontée.

«Les troupes de l'UE permettraient aux soldats de maintien de la paix de l'ONU de renforcer les bases dans des zones plus reculées, comme Kiwanja, et aideraient à empêcher de nouvelles atrocités», a indiqué Anneke Van Woudenberg. «Le peuple de l'Est du Congo a souffert depuis bien trop longtemps. L'UE doit donner à l'ONU l'aide dont elle a besoin pour protéger les civils.»

Lien

Libellés : , ,


mardi, décembre 02, 2008

 

RD Congo : Le Président réprime brutalement l’opposition, par Marie-Êve Marineau



(Kinshasa, le 25 novembre 2008) - Les forces de sécurité congolaises gouvernementales ont tué environ 500 personnes et en ont détenu environ 1000 autres, dont beaucoup ont été torturées, au cours des deux années qui se sont écoulées depuis les élections censées apporter la démocratie, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui. La répression brutale contre les opposants présumés a commencé pendant les élections de 2006 qui ont porté au pouvoir le Président Joseph Kabila, et elle s'est poursuivie jusqu'à aujourd'hui.

Le rapport de 96 pages, «'On va vous écraser': La restriction de l'espace politique en République démocratique du Congo», documente l'utilisation par le gouvernement de Kabila de la violence et de l'intimidation pour éliminer les opposants politiques. Human Rights Watch a constaté que Kabila lui-même donnait le ton et la direction en donnant des ordres pour «écraser» ou «neutraliser» les «ennemis de la démocratie», impliquant qu'il était acceptable d'utiliser une force illégale contre eux.

«Tandis que tout le monde se concentre sur les violences dans l'est du Congo, les exactions du gouvernement contre les opposants politiques attirent peu d'attention», a observé Anneke Van Woudenberg, chercheuse senior à la division Afrique de Human Rights Watch. «Les efforts pour construire un Congo démocratique sont étouffés non seulement par la rébellion mais aussi par la répression menée par le gouvernement de Kabila.»

Au deuxième anniversaire de la victoire électorale de Kabila, le 28 novembre 2006, le Congo demeure appauvri et dominé par les conflits. Les personnes qui dans l'ouest du Congo contestent les politiques gouvernementales font l'objet d'une répression brutale, tandis que dans l'est le conflit armé avec les forces du général rebelle Laurent Nkunda ont abouti à de terribles atrocités commises par toutes les parties.

Le rapport s'appuie sur des mois de recherche intensive sur le terrain et comprend des entretiens avec plus de 250 victimes, témoins et fonctionnaires. Human Rights Watch a documenté la façon dont les subordonnés de Kabila ont agi par le biais de plusieurs forces de sécurité gouvernementales - notamment la Garde Républicaine paramilitaire, une «commission secrète», le bataillon spécial Simba de la police et les services de renseignement - pour réprimer les opposants présumés à Kinshasa, la capitale, et dans la province du Bas Congo.

A la suite des élections de 2006, qui ont été largement financées par des bailleurs de fonds internationaux, les gouvernements étrangers se sont employés à gagner les faveurs du nouveau gouvernement de Kabila et ont gardé le silence sur les atteintes aux droits humains et sur l'autorité de plus en plus répressive du gouvernement. Les rapports des Nations Unies décrivant l'implication du gouvernement dans des crimes à motifs politiques ont été délibérément enterrés ou publiés trop tardivement pour avoir un impact significatif sur les événements, selon ce qu'a constaté Human Rights Watch.

Le rapport établit que des agents de l'Etat ont particulièrement pris pour cible les personnes originaires de la province de l'Equateur ainsi que d'autres soupçonnées de soutenir le candidat présidentiel vaincu, Jean-Pierre Bemba, et aussi des adhérents du Bundu Dia Kongo (BDK), un groupe politico-religieux basé au Bas Congo qui encourage une plus grande autonomie provinciale et a recueilli un appui considérable aux élections législatives.

Au moins 500 opposants présumés du gouvernement ont été tués délibérément ou exécutés sommairement. Dans certains des épisodes les plus violents, des agents de l'Etat ont tenté de dissimuler les crimes en jetant des corps dans le fleuve Congo ou en les enterrant en secret dans des fosses communes. Des fonctionnaires ont bloqué les tentatives d'enquêtes de la part des membres de l'ONU chargés des droits humains, de défenseurs congolais et internationaux des droits humains, et de membres de la famille des victimes.

Les détentions se sont produites par vagues d'arrestations au cours des deux dernières années. Des détenus et d'anciens détenus ont décrit les actes de torture, notamment des passages à tabac, des coups de fouet et des simulacres d'exécutions, ainsi que l'utilisation de matraques électriques sur leurs parties génitales et d'autres parties du corps. Certains détenus sont restés enchaînés pendant des jours ou des semaines et nombre d'entre eux ont été forcés à signer des aveux disant qu'ils avaient été impliqués dans des tentatives de coups d'Etat contre Kabila.

A mi octobre 2008, des agents de l'Etat ont arrêté arbitrairement 20 personnes au moins à Kinshasa, originaires pour la plupart de la province de l'Equateur, dont une femme et son bébé de 3 mois. Human Rights Watch a estimé que 200 personnes au moins détenues pour des raisons politiques sont toujours incarcérées sans jugement dans des prisons au Bas Congo et à Kinshasa.

Des groupes armés associés à Bemba et des membres du BDK se sont également rendus coupables du meurtre d'agents de l'Etat et de citoyens ordinaires, notamment au cours d'incidents qui ont eu lieu au Bas Congo en février 2007 et à Kinshasa en mars 2007. Dans ces cas, la police et l'armée avait le devoir de rétablir l'ordre, mais elles l'ont fait en recourant à une force excessive.

Les autorités congolaises ont refusé de reconnaître les exactions commises par des agents de l'Etat en dépit des demandes de l'Assemblée Nationale, des médias et d'autres citoyens ou groupes. Les fonctionnaires ont prétendu que les victimes préparaient des coups d'Etat ou menaçaient d'une autre façon l'autorité de l'Etat, mais ils n'ont produit aucune preuve convaincante à l'appui de ces accusations, et une poignée d'affaires seulement ont été présentées en justice.

Les journalistes qui étaient liés à l'opposition politique ou qui protestaient contre les exactions ont été menacés, arrêtés arbitrairement, et dans certains cas torturés par des agents du gouvernement. Le gouvernement a fermé des stations de radio et des chaînes de télévision qui étaient liées à l'opposition ou qui diffusaient ses opinions. Plusieurs de ces stations ont été autorisées plus tard à reprendre leurs émissions.

L'Assemblée Nationale a tenté d'examiner la conduite du gouvernement. Les membres de l'opposition ont parfois boycotté des sessions en signe de protestation contre les exactions, avec un impact limité. Toutefois, ces efforts n'ont pas été suffisants pour stopper les meurtres ou les arrestations arbitraires massives.

Human Rights Watch a appelé le gouvernement à mettre en place un groupe de travail de haut niveau sous l'autorité du ministère de la Justice et comprenant des experts en matière de droits humains, afin de documenter les exactions commises par des agents de l'Etat et de libérer les personnes détenues illégalement. L'organisation a aussi appelé l'Assemblée Nationale congolaise à ouvrir une enquête publique sur les exactions commises par les agents de la sécurité de l'Etat et à engager des poursuites contre les responsables.

«Le peuple congolais mérite un gouvernement qui soutienne ses droits démocratiques, et non un gouvernement qui réprime les opposants», a ajouté Anneke Van Woudenberg. «Un premier pas important consisterait à traduire en justice les fonctionnaires responsables des meurtres et des actes de torture.»

Récits tirés du rapport :

«Alors qu'ils me battaient avec des bâtons et des fouets, les soldats n'arrêtaient pas de crier : ‘On va vous écraser ! On va vous écraser !' Puis ils ont menacé de me tuer, moi et les autres opposants à Kabila.»

- Un militant politique détenu et torturé à Kinshasa en mars 2007 par des soldats de la Garde Républicaine du Président Kabila.

«A 3 heures du matin, sept Gardes Républicains sont entrés dans la prison. Ils ont pris 10 des prisonniers, leur ont lié les mains, leur ont bandé les yeux et leur ont scotché des morceaux de carton sur la bouche pour qu'ils ne puissent pas crier. Le capitaine qui a fait ça a dit qu'il avait reçu des ordres. Il a dit qu'il boirait le sang des Equatoriens ce soir-là. Ils les ont emmenés..... Je connaissais un des gardes et j'ai demandé ce qui s'était passé. Il a dit que les autres avaient été amenés au fleuve [Congo] près de Kinsuka et tués.»

- Un officier de l'armée congolaise appartenant au groupe ethnique des Ngwakas, arrêté par la Garde Républicaine le 23 mars 2007 et détenu au Camp Tshatshi.

«Ils ont commencé à me frapper. Ils m'ont arraché mes vêtements. Ils ont pris quatre paires de menottes et ils m'ont attaché les mains derrière puis à mes pieds. J'ai été jeté par terre dans cette position... Ils m'ont envoyé des décharges électriques partout sur le corps. Ils m'ont mis la matraque électrique dans l'anus et sur mes parties génitales... J'ai tellement pleuré que je ne voyais presque plus rien. Je hurlais que je signerais tout ce qu'ils voudraient.»

- Un ancien détenu à la prison Kin-Mazière sur les ordres de la «commission secrète».

«Kabila a pris la décision de tabasser Bemba et de lui donner une leçon.»

- Un membre du cercle des proches de Kabila juste avant les violences à Kinshasa en août 2006 à la suite du premier tour peu concluant des élections.

«Nous avons tous vu ça venir, mais à nouveau nous n'avons pas fait assez pour empêcher la crise.»

- Un conseiller militaire européen ayant des liens étroits avec l'armée congolaise à propos des violences de mars 2007 à Kinshasa qui ont fait des centaines de morts.

«Vous JED pour qui vous vous prenez ? Si vous n'êtes pas d'accord avec le régime, allez en exil et attendez que votre champion prenne le pouvoir. Si vous ne partez pas, on va vous aider à vous taire définitivement. On ne vous ratera pas. Trop c'est trop. Vous voilà averti.»

- Une menace reçue par l'organisation locale Journalistes en danger (JED) en juin 2007 après qu'ils aient exprimé leurs préoccupations au sujet de la répression contre des membres des médias.

Lien

Libellés : , ,


lundi, décembre 01, 2008

 

La peur d'aller au champ, la peur de mourir, par Noémie Cournoyer


Dans la région de Kirotshe en République démocratique du Congo (RDC), à l’ouest de Goma, Médecins Sans Frontières (MSF) travaille des deux côtés de la ligne de front en soutenant un hôpital de référence et en menant des cliniques mobiles. Dans le camp de déplacés de Shasha, MSF fournit une assistance psychosociale aux personnes déplacées. Carmen Martinez, une psychologue travaillant pour MSF dans la région explique.

Carmen, peux-tu décrire les activités psychosociales dans le camp de Shasha?

Nous avons lancé un programme psychosocial pour aider les personnes déplacées, mais aussi certains membres de la population résidente, de surmonter le traumatisme qu’ils ont subi à cause de la guerre. C’est un programme communautaire, c’est-à-dire avec la base de la communauté, et sans «techniciens.» Je suis la seule psychologue. Au cours de la semaine dernière, j’ai formé 22 «sensibilisateurs». Ils se sont organisés en six groupes, correspondants à différentes parties du camp. Outre ces activités collectives, ou «communautaires», il y a un volet individuel, avec des consultations individuelles pour ceux qui sont les plus affectés.

Concrètement, comment travaillent les sensibilisateurs?

On organise des groupes de parole, avec un thème de discussion. Il y a environ 60 à 80 personnes par groupe de parole. Au cours d’une session, la semaine dernière, le premier thème était la « santé ». La santé dans une approche globale : physique, sociale et mentale. Certaines personnes ont parlé de maux de tête, de maux de ventre, de troubles du sommeil. D'autres vivaient avec le sentiment d'être isolés. Aujourd’hui, on a parlé des soucis de la population. On a essayé d’identifier les événements qui les avaient marqués. Ils nous ont parlé de leur peur d’aller au champ pour cultiver, de leur peur de mourir… Ils se sont souvenus de leur fuite comme de quelque chose de très soudain. Nous essayons de trouver quelques outils de récupération qui les aideront à surmonter cette situation. Par exemple, le fait d’avoir des porte-parole pour recueillir les besoins de la communauté. Ou encore le fait de poursuivre les pratiques traditionnelles comme les rituels, par exemple.

En quoi consistent les entretiens individuels?

En plus de la mobilisation sociale, il y a ce qu’on appelle les consultations individuelles. Deux personnes ont été formées pour devenir, avec moi, conseillers psychosociaux. Une séance se déroule comme une consultation médicale, où l’on essaie d’identifier les problèmes les plus importants, les événements vécus récents ou de vie très forts. On aborde les réactions physiques et mentales en laissant la personne s’exprimer. Lors d’une séance, il y avait un soldat démobilisé. C’est-à-dire qu’il a quitté un groupe armé pour rentrer dans la vie civile. Il parlait de flashbacks, de peurs pendant la nuit, de cauchemars, de vives émotions la nuit quand il entend le moindre bruit… Il disait qu’il avait peur de sortir de chez lui. En fait, par ce comportement, il évitait une situation qui pourrait lui rappeler quelque chose qu’il a vécu. Il y a beaucoup d’exemples similaires parmi les personnes déplacées.

Quelles sont les conditions de vie dans le camp?

Ici au camp de Shasha, il y a environ 4300 personnes déplacées. Un certain nombre de déplacés sont aussi dans des familles d’accueil. Ils ont tout laissé derrière eux, des familles ont été séparées. À Shasha, une vingtaine d’enfants ne sont pas accompagnés, beaucoup parce qu'on ne sait pas où sont leurs parents. Les gens me parlent aussi du vol de leurs biens par des hommes armés. Le 27 octobre, tous ont évacué à la hâte le camp de Shasha pour aller à Minova, plus au sud. Quand la sécurité dans la zone leur a permis de rentrer, tout était pillé. Ils n’ont presque rien, ils ont reçu quelques couvertures, bâches en plastique, bidons… Leurs huttes sont très petites. Les conditions d’hygiène dans le camp sont exécrables. C’est important pour nous d’insister sur les mesures d’hygiène de base et de promotion de la santé. Certains groupes de parole sont consacrés à l’hygiène, par exemple.

Comment peut-on se remettre de telles expériences traumatisantes?

Il faut trouver, ensemble avec le patient, les mécanismes qui fonctionnent encore bien. Par exemple, le fait de pouvoir se confier à quelqu’un ou bien pour certains, d’être avec sa famille au complet, etc. Le soldat démobilisé, dont je vous parlais, m’a dit qu’il pouvait au moins encore aller travailler, qu’il allait parfois au champ… Au cours des consultations individuelles, on repère ces points positifs et on se met d’accord sur ce qu’on peut faire ensemble. Il faut leur faire comprendre que leurs réactions sont normales et qu’elles font suite à des événements qui, eux, ne sont pas normaux.

Lien

Libellés : , ,


mardi, novembre 25, 2008

 

CPI : Le jugement sur le Congo est une victoire pour la justice, par Marie-Êve Marineau


(La Haye, le 18 novembre 2008) - La décision rendue aujourd'hui par la Cour pénale internationale de reprendre le procès d'un chef rebelle congolais accusé d'avoir enrôlé des enfants soldats en République démocratique du Congo est une victoire pour les victimes et pour les procès équitables, a déclaré Human Rights Watch. L'organisation de défense des droits humains a exhorté la Cour à expliquer sa décision relative au procès de Thomas Lubanga Dyilo aux communautés les plus affectées par les crimes présumés.

La Chambre de première instance de la Cour pénale internationale (CPI) a levé la suspension du procès de Lubanga, jugeant que les raisons motivant cette suspension «avaient disparu», et a programmé la réouverture du procès au 26 janvier 2009. Les débats avaient été suspendus parce que l'accusation n'avait pu communiquer pas communiqué des éléments pouvant être utilisés à décharge - des informations qui démontrent ou tendent à démontrer l'innocence de l'accusé - recueillis confidentiellement avant la date fixée à l'origine pour le procès en juin 2008.

«La décision de ce jour garantit que les victimes auront une chance de voir Lubanga devant la justice», a observé Param-Preet Singh, conseillère juridique auprès du Programme Justice internationale de Human Rights Watch. «L'insistance du juge sur la protection des droits de l'accusé démontre par ailleurs l'engagement de la CPI en faveur de procès équitables.»

Du fait de préoccupations selon lesquelles un procès équitable ne pouvait être garanti sans accès de la défense à certaines informations pouvant être utilisées à décharge, la Chambre de première instance avait suspendu le procès le 13 juin, et le 2 juillet elle avait ordonné la remise en liberté de Lubanga. Mais celui-ci est resté en détention parce que l'accusation a fait appel de la décision de suspension du procès - base de l'ordre de sa remise en liberté. Le 21 octobre, la Cour d'appel a confirmé la décision de suspendre le procès, mais a annulé la décision de remise en liberté de Lubanga.

Pendant ce temps, l'accusation a pris des mesures, en consultation avec les sources d'informations confidentielles, pour remédier à l'incapacité de transmettre ces informations. La décision de ce jour témoigne du succès de ces efforts.

La suspension du procès a engendré beaucoup de confusion et de déception parmi les communautés affectées dans le district d'Ituri dans le nord-est du Congo, où les gens attendaient l'ouverture du procès. Les partisans de Lubanga en Ituri ont aussi cherché à utiliser la suspension comme preuve de l'innocence de Lubanga. Il est vital pour les communautés affectées d'avoir des informations correctes sur les développements du procès, a rappelé Human Rights Watch.

«Les récents développements dans le procès Lubanga sont à la fois anxieusement attendus en Ituri et très complexes», a indiqué Param-Preet Singh. «Si la Cour veut réellement rendre justice de façon significative aux gens les plus affectés, elle doit trouver des moyens efficaces de les joindre afin d'expliquer ce qui s'est passé, et pourquoi.»

Le procès de Lubanga sera le premier procès de la CPI. Il appartient maintenant à l'accusation de présenter un dossier solide et à la chambre de première instance de rester scrupuleusement vigilante sur les droits de la défense, a indiqué Human Rights Watch. La Cour devra également fournir des informations continues sur l'évolution du procès aux communautés affectées, par le biais de campagnes d'information ciblées.

Lien

Libellés : , ,


jeudi, novembre 20, 2008

 

Congo: Tomber en proie aux violences, Marie-Êve Marineau


Alors que les combats dans le Nord-Kivu (République démocratique du Congo) font la Une de l’actualité, le district voisin du Haut-Uélé est aussi en proie aux violences. Les rebelles de la Lord Resistance Army (LRA) y font régner la terreur, pillant et brûlant les villages, enlevant les enfants et tuant les adultes. Une équipe de Médecins Sans Frontières (MSF) s’est rendue dans la ville de Dungu, attaquée par les rebelles le 1er novembre, pour évaluer les besoins de la population. Depuis le 10 novembre, une équipe médicale de MSF travaille à Dungu.

J. est menuisier et travaille au couvent de Duru, un village à de longues heures de marche de Dungu. Lui et sa femme ont cinq enfants et une jeune nièce sous tutelle. Son histoire, racontée à un membre de l’équipe MSF, illustre la détresse des populations soumises aux violences des rebelles et forcées de quitter leurs villages.

Tout a commencé vers 13 h. Je venais de couper un régime de noix de palme à 250 m du marché et de la mission et m’apprêtais à rentrer vers la mission quand un enfant du village me fit signe de ne pas m’en approcher : les LRA entouraient la mission et avaient même, selon lui, enlevé les élèves du secondaire.

Je suis rentré chez moi aussitôt et j’ai regroupé immédiatement mes six enfants et ma femme. Les quatre enfants de mon voisin qui s’était absenté se sont joints à nous et nous sommes partis nous cacher en brousse, à deux kilomètres du village. Là, près de notre champ, nous sommes restés d’abord trois jours. On pouvait se nourrir de haricots et d’aubergines que j’allais chercher au champ et que ma femme cuisinait dans des boîtes de conserve, faute de casserole.

Un garçon capturé par les LRA nous a rejoints au bout de ces trois jours. Il avait réussi à s’échapper. Selon lui, les LRA ont quitté le village vers 3 h du matin et traversé la rivière.

Avec notre voisin qui nous avait rejoints au champ, nous prenons alors la décision de retourner au village pour voir ce qui s’était passé, mais aussi pour récupérer quelques ustensiles nécessaires. Le choc a été brutal lorsque j’ai constaté que ma concession avait été entièrement brûlée : les trois cases, la paillote, la cuisine et la cabane des chèvres. Tout était brûlé. Mes six chèvres gisaient au sol, tuées à coup de feu.

«Mon voisin a pris la décision d’aller au Soudan, par la forêt, avec sa famille.»

En surmontant notre douleur, nous avons dépecé une chèvre rapidement et chacun de nous en a pris une part. J’y ajoutais aussi le reste de deux poules brûlées et chargeais tout sur mon dos avant de retourner vers notre cachette.

Mon voisin a pris la décision d’aller au Soudan, par la forêt, avec sa famille. De notre côté, mon épouse ne voulant pas aller dans ce pays pour elle inconnu, nous avons donc décidé de prendre, dès le lendemain, la direction de Dungu où j’ai de la famille.

Le lendemain était un dimanche. Vers 16 h nous avons pris la route de Dungu pour atteindre le village de Kpaika le même jour. Là, mon fils âgé de huit ans avait les jambes toutes gonflées à cause de la marche. Nous avons donc décidé de nous reposer et de passer la nuit sur place à la chapelle pour repartir au petit matin. À 4 h du matin, ce sont des coups de feu et le tumulte de gens courant dans toutes les directions qui m’ont réveillé. Nous avons décidé de fuir. Ma femme a pris sur son dos notre fille cadette et dans ses bras mon fils de huit ans et nous sommes partis en courant. Je courais le dernier avec mon fils de trois ans dans mes bras. Soudain, ma femme est tombée dans un trou. J’ai donc laissé le petit à terre pour aider ma femme à se relever. C’est à ce moment-là qu’un soldat LRA nous a repérés et s’est lancé à notre poursuite. J’ai eu à peine le temps de sortir ma femme du trou et de m’enfuir avec elle. Je réalisais alors, mais trop tard, que mon petit était resté derrière et je l’entendis hurler derrière moi. Impossible de revenir sans risquer de tous se faire prendre.

Une chance miraculeuse

De la forêt où nous sommes restés cachés, nous avons essayé de prendre des nouvelles. Les gens racontaient que de nombreuses personnes avaient été tuées à Kpaika. Vers 11 h, il y eut un silence total. Alors, nous avons entendu le chuintement des feuilles mortes provoqué par des pas, de nombreux pas. Nous nous sommes rapprochés prudemment. Ces bruits provenaient en fait de la route où passaient des personnes qui s’enfuyaient. Nous demandions à tout le monde s’ils avaient vu un petit garçon seul sur la route. Finalement, quelqu’un nous certifia avoir vu un soldat LRA porter notre enfant sur son dos. Cette nouvelle nous mit dans le désespoir. C’est alors qu’avec ma femme, nous avons décidé de sauver les cinq autres enfants en les emmenant au plus vite tout en sachant que cela nous éloignerait encore plus de notre petit garçon.

Nous avons donc suivi le mouvement général et pris le chemin de Kiliwa où nous sommes arrivés le mardi. Par une chance miraculeuse, nous avons enfin appris, à Kiliwa, que notre enfant avait été libéré, qu’une personne de bonne volonté l’avait récupéré et qu’elle serait maintenant en route avec lui vers Dungu.

Nous avons passé la nuit dehors à la belle étoile sous un manguier au bord de la route, épuisés et déshydratés, mais le cœur moins gros en pensant à notre enfant que nous espérons déjà en route. Nous avons quitté Kiliwa à 4 h du matin et nous avons marché toute la journée. Il était plus de 18 h lorsque nous sommes arrivés à Dungu. Nous y avons été accueillis chez les pères où nous sommes maintenant depuis quatre jours. Nous attendons notre petit.

Lien

Libellés : , ,


samedi, novembre 15, 2008

 

Congo, FAZ, correspondant de nouveau libre


Le correspondant du Monde enlevé, Thomas Scheen, est à nouveau libre. Ce que rapporte la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), vendredi dernier. Depuis vendredi matin, Scheen et ses deux collaborateurs congolais se situaient sous la garde de la force internationale des Nations Unies MONUC. Les trois hommes seraient bien selon les circonstances, a déclaré le rédacteur de la FAZ, Berthold Kohler.

Scheen, de nationalité belge, et ses deux collaborateurs congolais ont été enlevés le 4 novembre dans le domaine de crise dans l'est de la République démocratique du Congo. Scheen s'est rendu lors de la crise dans la zone située entre les fronts et s'était fait prisonnier a été notifié à la FAZ.

Lien (en allemand)

Libellés : , ,


vendredi, novembre 14, 2008

 

RD Congo : Il faut protéger les civils contre les attaques brutales des rebelles, par Marie-Êve Marineau


(New York, le 13 novembre 2008) – Suite à la reprise des attaques menées par l’Armée de Résistance du Seigneur (ARS), le Conseil de sécurité de l’ONU devrait de toute urgence accroître le nombre de Casques bleus afin de contribuer à la protection des civils dans le nord de la République démocratique du Congo, ont déclaré aujourd’hui quatre organisations nationales et internationales de défense des droits humains.

La Commission Justice et Paix de Dungu-Doruma, Enough, Human Rights Watch et Resolve Uganda ont également appelé les Nations unies, les États-Unis, le Royaume-Uni ainsi que les gouvernements de la région à élaborer et à mettre en œuvre une stratégie visant à l’arrestation des dirigeants de l’ARS recherchés par la Cour pénale internationale (CPI).

Rien qu’au cours des deux derniers mois, les combattants de l’ARS auraient tué au moins 10 civils, enlevé des dizaines d’enfants et pillé et incendié un nombre incalculable d’habitations et d’écoles dans le nord-est du Congo. Le 1er novembre 2008, les forces de l’ARS ont attaqué Dungu, la capitale du district du Haut-Uélé, dans la province Orientale. Selon des sources locales, après des combats au cours desquels trois soldats gouvernementaux ont été tués, les combattants de l’ARS ont enlevé au moins 36 garçons et 21 filles.

«Le dirigeant de l’ARS, Joseph Kony, continue d’appliquer sa tactique de brutalités et d’exactions», a dénoncé Georgette Gagnon, directrice à la division Afrique de Human Rights Watch. «Les États-Unis et le Royaume-Uni, ainsi que l’ONU et les gouvernements de la région, devraient œuvrer ensemble activement pour appréhender les responsables de l’ARS recherchés par la CPI.»

Les Casques bleus de l’ONU ont actuellement beaucoup de mal à protéger les civils dans la province du Nord-Kivu, dans l’est du Congo, où les combats entre le dirigeant rebelle Laurent Nkunda et les soldats gouvernementaux et leurs milices alliées ont entraîné le déplacement de 250 000 personnes et provoqué la mort de centaines de civils depuis la fin du mois d’août.

Les Nations unies affirment qu’il y a trop peu de Casques bleus et de ressources logistiques pour protéger les civils. Le 3 octobre, Alan Doss, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Congo, a demandé des renforts au Conseil de sécurité mais celui-ci n’a pas encore pris de mesures et aucun pays n’a offert de renforts. Certains gouvernements maintiennent que l’ONU dispose déjà d’un nombre adéquat de soldats en RD Congo, et qu’il suffirait de les déployer différemment. La poursuite des enlèvements d’enfants par l’ARS dans le nord-est du Congo ces derniers mois montre que ces Casques bleus sont surchargés, et peinent à remplir leur mission qui est de protéger les civils. Il est extrêmement urgent d’envoyer des soldats aux deux provinces Kivu, ainsi qu’en Province orientale.

Les 19 et 20 octobre, des rebelles de l’ARS ont tué au moins six personnes et en ont enlevé 17 autres pour transporter leur butin. Des jeunes de la localité ont ensuite mis sur pied une unité d’autodéfense pour essayer de refouler le groupe rebelle. Les 17 et 18 septembre, l’ARS a attaqué plusieurs villages simultanément, enlevant au moins 45 enfants à Kiliwa et Duru. Lors de leur incursion dans ces villages, les forces de l’ARS ont tué des dirigeants locaux, pillé et incendié sur leur passage. Recueillir des informations précises sur ces attaques s’est révélé difficile en raison des problèmes d’accès et de sécurité.

La CPI a délivré des mandats d’arrêt à l’encontre de Joseph Kony et d’autres dirigeants de l’Armée de Résistance du Seigneur pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

«Notre peuple vit dans la peur», a déploré l’Abbé Benoît Kinalegu de la Commission Justice et Paix de Dungu/Doruma. «Nos enfants sont la proie des rebelles de l’ARS.»

Les enfants enlevés sont forcés de devenir combattants, et les filles sont obligées de fournir des services sexuels aux combattants qui occupent des postes plus importants.

«L’ARS se livre à de nouveaux enlèvements d’enfants dans le but évident de regarnir ses rangs», a expliqué Michael Poffenberger de Resolve Uganda. «C’est la stratégie qui a été appliquée en Ouganda pendant deux décennies.»

Au mois d’août, 150 Casques bleus de la force de l’ONU au Congo, la MONUC, ainsi que des soldats de l’armée congolaise ont été envoyés dans la province Orientale pour contenir l’ARS et aider à protéger les civils. Selon des sources locales, les 25 et 29 octobre, des affrontements armés opposant l’armée congolaise et l’ARS auraient fait six morts parmi les soldats congolais et trois parmi les combattants de l’ARS.

Quelque 25 000 personnes ont fui leurs habitations suite aux attaques perpétrées en septembre et octobre, et 50 000 autres ont été déplacées lors de l’attaque menée à Dungu. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU, pratiquement toutes les personnes vivant dans une zone du nord-est du Congo de plus de 10 000 kilomètres carrés ont fui car elles craignaient de nouvelles attaques de l’ARS. Les déplacés ont besoin de toute urgence d’un soutien humanitaire pour subvenir à leurs besoins élémentaires.

Le gouvernement ougandais et l’ARS ont négocié un accord de paix au début de l’année 2008 mais Kony ne s’est pas présenté à la cérémonie prévue le 10 avril pour la signature de l’accord. Depuis lors, il a promis plusieurs fois de signer mais il poursuit ses attaques contre les civils.

«Cela fait vingt ans que la communauté internationale manque de stratégie globale pour mettre un terme à l’insurrection de l’ARS», a déclaré John Norris, directeur exécutif du projet Enough. «Si le monde n’agit pas maintenant pour exécuter les mandats de la CPI, la guerre que mène Joseph Kony contre les civils se poursuivra et cette région, déjà fragile, se trouvera davantage encore déstabilisée.»

Contexte

Au cours du conflit qui a éclaté en 1986 dans le nord de l’Ouganda, l’ARS et, dans une moindre mesure, les forces gouvernementales ougandaises ont commis des violations graves du droit international humanitaire et des principes régissant les droits humains. Les combattants de l’ARS se sont livrés à des meurtres, des enlèvements, des viols et autres lésions corporelles, au recrutement forcé au sein de leurs rangs, ainsi qu’à des pillages généralisés et à la destruction de biens civils. Les soldats des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) se sont rendus responsables d’exécutions extrajudiciaires, de viols, d’actes de torture et de traitements cruels, inhumains et dégradants, ainsi que de détentions arbitraires et de déplacements forcés.

En décembre 2003, le Président ougandais Yoweri Museveni a demandé à la Cour pénale internationale d’ouvrir une enquête sur les crimes commis par l’ARS. Une fois que la CPI exerce une compétence sur des crimes, comme c’est le cas dans le nord de l’Ouganda, elle a le pouvoir d’engager des poursuites contre tout individu, quelle que soit son affiliation, pour les crimes perpétrés. Aux termes de son statut, la CPI est uniquement compétente pour poursuivre les crimes commis après 2002. En juillet 2005, elle a délivré des mandats d’arrêt à l’encontre des cinq plus hauts dirigeants de l’ARS : Joseph Kony, Vincent Otti, Okot Odhiambo, Raska Lukwiya et Dominic Ongwen. Lukwiya a été tué en 2006 et Otti aurait été tué en 2007. La Cour n’a émis aucun mandat à l’encontre de commandants de l’UPDF ou de responsables du gouvernement ougandais.

Lien

Libellés : , ,


This page is powered by Blogger. Isn't yours?

S'abonner à Messages [Atom]