vendredi, septembre 04, 2009

 

Réouverture de l’enquête sur le meurtre d’Anna Politkovskaïa : "Un espoir", par Noémie Cournoyer


La Cour suprême de la Fédération de Russie a ordonné, le 3 septembre 2009, le renvoi au parquet du dossier Anna Politkovskaïa (photo AP), journaliste de Novaïa Gazeta, assassinée le 7 octobre 2006. Une nouvelle enquête devrait être menée car, comme l’a annoncé un représentant du procureur général, le dossier doit être réuni avec celui de l’enquête principale qui concerne tous les auteurs de ce crime, des exécutants aux commanditaires.

"Nous sommes soulagés par cette décision de la Cour suprême, tout comme les proches de la journaliste et les parties civiles qui avaient fait appel de la précédente décision du 7 août dernier bloquant la réouverture de l’enquête. Le renvoi du dossier laisse un espoir que la vérité apparaisse", a déclaré Reporters sans frontières.

"Nous redoutons que des forces de sécurité ne fassent obstacle à l’élucidation de ce crime. Il faut redoubler d’effort et de vigilance pour que la vérité soit connue", a conclu l’organisation.

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Reporters Sans frontières - RSF est scandalisé par la notion de diffamation des religions officiellement adoptée par l'ONU, par Francis Chartrand


Voir ONU - Le Conseil des droits de l’homme adopte une résolution condamnant la "diffamation des religions". Seul l’islam est spécifiquement mentionné. Vous y trouverez notamment des explications sur les raisons pour lesquelles cette résolution adoptée le 27 mars est si préoccupante même si elle n'est pas contraignante.

Cette résolution témoigne aussi d'une complète faillite morale de l'ONU, qui accorde plus d'importance à des abstractions comme les idéologies ou les religions qu'aux êtres humains.

La notion de diffamation des religions officiellement adoptée par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, Reporters sans frontières est scandalisée.

Reporters sans frontières dénonce, une nouvelle fois, l’incapacité du Conseil des droits de l’homme des Nations unies à défendre les valeurs contenues dans la Déclaration universelle des droits de l’homme.

« Le Conseil vient de porter un coup sévère à la liberté d’expression qu’il est censé défendre. En votant une résolution qui cherche à étouffer la critique de la religion musulmane, l’instance des Nations unies vient de montrer, une fois encore, son incapacité à lutter efficacement pour la défense des droits de l’homme », a déclaré Reporters sans frontières.

« Cette résolution est scandaleuse. Sous prétexte de lutter contre les discriminations, elle s’en prend aux médias qui ‘visent des symboles religieux et des personnes sacrées’. Notamment dans la religion musulmane. En clair, les Nations unies demandent aux médias de ne plus critiquer les religions, et notamment l’islam au nom de la lutte contre l’incitation à la haine. C’est inacceptable pour tous ceux qui ont à cœur de défendre la liberté d’expression et ceux qui luttent contre les discriminations », a ajouté l’organisation.

« L’ONU est sur une pente glissante dangereuse pour la liberté d’opinion. Toutes les libertés doivent être défendues avec la même force. Il n’est pas acceptable que les Nations unies prennent parti de manière si outrancière pour une liberté au détriment d’une autre. Cela va à l’encontre de tous les principes constitutifs de cette organisation », a conclu Reporters sans frontières.

Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, réuni à Genève, en Suisse, a voté, le 26 mars 2009, une résolution sur la mise en place du programme d’action de la conférence de Durban sur la lutte contre le racisme. Ce texte, soumis par le Pakistan au nom de l’Organisation de la conférence islamique, a été adopté par 23 voix pour, 11 contre (les pays de l’Union européenne, le Canada, le Chili) et 13 abstentions.

Ce texte exhorte notamment les Etats membres des Nations unies à prendre des mesures pour lutter contre « des actes de haine, de discrimination et d’intimidation qui résultent de la diffamation des religions ». Le document « déplore l’utilisation des médias électroniques, audiovisuels et imprimés, y compris Internet, pour (...) viser des symboles religieux et des personnes sacrées ». La résolution précise également que le Conseil des droits de l’homme est « alarmé par l’inaction de certains Etats à combattre les pratiques discriminatoires et rappelle le besoin de combattre réellement la diffamation de toutes les religions en général, et de l’islam et des musulmans en particulier ».

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vendredi, mars 06, 2009

 

Darfour : MSF proteste vigoureusement une seconde expulsion, entraînant l’arrêt forcé de programmes médicaux, par Iba Bouramine


Les populations du Darfour prises en otage de programmes politique et judiciaire.

MSF demande au gouvernement du Soudan de revenir sur sa décision et de permettre la reprise d’une assistance vitale pour les populations du Darfour.

Ce matin, les autorités soudanaises à Khartoum ont annoncé l’expulsion immédiate d’une seconde section de Médecins Sans Frontières (MSF). Cette décision, à la fois brutale et violente, fait suite à celle de mercredi, d’expulser une autre section de l’organisation. MSF est consternée par cet ordre qui rend la population du Darfour otage de programmes politique et judiciaire. L’organisation proteste avec la plus grande vigueur contre cette décision et demande au gouvernement du Soudan de la reconsidérer et de permettre la reprise immédiate d’une assistance humanitaire indépendante et impartiale.

« L’ordre d’expulser MSF du Darfour est un changement radical de la situation et aura des conséquences sans précédent pour les populations de la région. La majorité d’entre elles reste dépendante de l’aide humanitaire internationale, explique le Dr Christophe Fournier, président du conseil international de MSF. L’arrêt soudain de nos programmes médicaux, y compris des projets chirurgicaux, nutritionnels et de soins de santé primaire dans une grande partie du territoire du Darfour aura un effet immédiat et dévastateur sur les populations. »

L’expulsion d’un nombre important d’acteurs humanitaires laisse un vide important dans l’assistance aux populations dont les besoins immenses seront impossibles à couvrir par les quelques organisations qui restent sur place. Des centaines de milliers de personnes resteront dépourvues de l’aide indispensable à leurs besoins vitaux : soins médicaux, nourriture, eau et assainissement. Des épidémies de méningite dans le camp de Kalma et à Niertiti – où environ 130 000 personnes ont besoin être vaccinées en urgence – risquent de ne pas être prises en charge.

Les trois sections MSF qui restent présentes au Darfour se sont engagées à poursuivre leur assistance médicale dans les zones où elles travaillent actuellement. Toutefois, leur action est loin d’être suffisante par rapport à l’ampleur des besoins au Darfour.

« Même si la possibilité de fournir une assistance humanitaire indépendante au Darfour s’est considérablement réduite ces dernières années, les décisions du gouvernement du Soudan prises cette semaine ne font qu’aggraver le sort des populations déplacées et résidentes, ajoute le Dr Christophe Fournier. Les besoins des populations sont pris au piège de considérations politiques et judiciaires, ce qui est inacceptable. »

MSF réaffirme avec fermeté que l’organisation est indépendante de la Cour Pénale Internationale, ne coopère pas avec elle ni ne lui fournit d’informations.

MSF travaille au Soudan depuis 1979 et au Darfour depuis 2003. MSF a été expulsée de 5 lieux de l’Ouest et du Sud Darfour − Feina au Jebel Marra, Kalma, Muhajariya, Niertiti et Zalingei − où elle fournissait jusqu’alors une aide médicale vitale, grâce à 42 employés internationaux et 868 Soudanais.

Les équipes MSF toujours présentes au Darfour poursuivent leurs activités à Golo et Killin dans l’Ouest Darfour, et à Kebkabiya, Kaguro, Serif Umra, Shangil Tobaya et Tawila dans le Nord Darfour. Avant l’expulsion, près d’une centaine d’employés internationaux et 1 625 Soudanais ont travaillé sans relâche pour fournir des soins médicaux à des centaines de milliers de personnes au Darfour.

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Destrustion de vidéos de la CIA : "Une enquête sur les graves dérives de la Guerre contre le Terrorisme est impérative", par Francis Chartrand


Les autorités fédérales ont confirmé, le 2 mars 2009, que 92 enregistrements vidéo d’interrogatoires de détenus des prisons secrètes de la CIA avaient été détruits par l’Agence en 2005. Reporters sans frontières demande que la nouvelle administration du président Barack Obama diligente une enquête sur cette atteinte caractérisée aux principes de la Constitution et en punisse les auteurs.

"L'importance du nombre d’enregistrements détruits confirme que l’Agence a systématiquement tenté de dissimuler au public les techniques illégales d’interrogatoires en vigueur sous la précédente administration. Les citoyens ont le droit d’être informés des agissements de leur gouvernement et de s’assurer que ceux-ci sont en conformité avec les principes démocratiques qui régissent le pays", a déclaré Reporters sans frontières.

"Nous espérons qu’à la culture du secret et au manque de transparence qui ont prévalu au cours de la décennie se substituera un meilleur accès à l’information et une claire mise en évidence des pratiques gouvernementales. Le gouvernement doit engager une enquête approfondie sur cette violation de l’accès à l’information et en punir les responsables. La société américaine ne pourra faire l’économie d’une enquête sur les graves violations commises au nom de la ’guerre contre le terrorisme’ sous le double mandat de George W. Bush, enquête dont le principe devait être débattu à la commission des Affaires judiciaires du Sénat, le 4 mars. La crédibilité des États-Unis en matière de droits de l’homme est à ce prix", a ajouté l’organisation.

Une lettre d’un procureur fédéral du district sud de New York, Lev Dassin, a confirmé, le 2 mars, que 92 enregistrements filmés d’actes de torture dans une prison secrète de Thaïlande avaient été détruits. Récipiendaire de la lettre, le juge fédéral de New York, Alvin Hellerstein, saisi de l’affaire par l’American Civil Liberties Union (ACLU), a donné à la CIA jusqu’au 6 mars pour préparer un compte rendu des enregistrements détruits et la liste des témoins de leur passage à la broyeuse.

La CIA n’a rien révélé du contenu des vidéos détruites et a admis s’être débarrassée d’"une partie" d’entre elles. Selon le quotidien New York Times, elle contenaient des scènes de supplice de la baignoire ("waterboarding") utilisées contre deux Saoudiens aujourd’hui détenus à Guantanamo : Abu Zubaydah, suspecté d’appartenance à Al-Qaïda, et Abdel Rahim al-Nashiri, mis en cause dans l’attentat contre le porte-avions américain USS Cole sur les côtes du Yémen en 2000. D’après le New York Times, José A. Rodríguez Jr, alors responsable des opérations clandestines de la CIA, avait lui-même ordonné la destruction des vidéos.

L’existence de ces enregistrements avait été révélée en 2007, juste avant la promulgation, le 31 décembre de cette année-là, de la réforme de la loi sur la liberté d’information ("Freedom of Information Act", FOIA), lorsque Michael Hayden, alors directeur de la Centrale, avait signalé leur destruction au nom de la protection des agents impliqués dans des actes de torture. Une enquête criminelle, engagée sous la précédente administration, s’est conclue le 28 février. Dans l’intervalle, l’administration Obama a clairement condamné le recours à la torture autorisé par ses prédécesseurs. Du 13 juin 2002 au 1er mai 2008, le journaliste soudanais de la chaîne qatarie Al-Jazira Sami Al-Haj, dont Reporters sans frontières a plaidé la cause, a séjourné sur la base militaire de Guantanamo. Détenu sans charges, il a été soumis à plus de 200 interrogatoires, dont certains au "waterboarding".

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jeudi, février 12, 2009

 

"Tunisie, le courage d’informer" : Reporters sans frontières à la rencontre de journalistes sous haute surveillance, par Francis Chartrand


Six jours après la confirmation, le 4 février 2009, de la condamnation du journaliste indépendant Fahem Boukadous par la cour d’appel de Gafsa à six ans de prison, Reporters sans frontières publie aujourd’hui un rapport consacré à l’impossibilité pour les médias tunisiens indépendants du pouvoir mener leur activité d’information dans l’indépendance et la sérenité.

Ce rapport, intitulé "Tunisie, Le courage d’informer", fait suite à une mission d’enquête menée en novembre 2008, au cours de laquelle une délégation de l’organisation a rencontré des journalistes indépendants, qui continuent de travailler malgré les pressions incessantes des forces de sécurité tunisiennes.

Reporters sans frontières examine notamment la façon dont la presse d’opposition est utilisée par le président tunisien comme "élément de décor" pour afficher un pluralisme factice. La couverture du conflit social de Gafsa par le journaliste Fahem Boukadous constitue à cet égard un démenti à cet effort, et un défi historique face à la volonté des autorités d’imposer un black-out total de l’information sur cet événement. Face à ces difficultés, certaines voix continuent malgré tout de dénoncer les dérives sécuritaires et totalitaires du régime tunisien, faisant le pari de l’information, au péril, parfois, de leur liberté ou d’une vie pacifiée.

Reporters sans frontières rappelle que la Tunisie se situe au 143è rang de son classement mondial pour l’année 2008.

Consultez le rapport Tunisie au format PDF :

Rapport

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jeudi, décembre 11, 2008

 

Une journaliste sud-africaine passe une nuit en garde à vue : Reporters sans frontières écrit au ministre de l’Information, par Francis Chartrand


Dans une lettre adressée, le 5 décembre 2008, au ministre de l’Information et de la Communication namibien, Joel Kaapanda, Reporters sans frontières a demandé "l’abandon des poursuites contre Bonita Nuttall", ainsi que "l’allègement de la législation, trop contraignante s’agissant du travail des journalistes étrangers en Namibie". La journaliste sud-africaine Bonita Nuttall avait été arrêtée, le 28 novembre, puis libérée sous caution après une nuit de détention, pour être entrée en Namibie avec un visa de tourisme alors qu’elle effectuait un reportage pour sa chaîne de télévision.

"Nous déplorons qu’une journaliste étrangère ait dû être maintenue une nuit en garde à vue et s’acquitter de deux cautions pour être libérée. Alors que la Namibie est l’un des pays africains les plus respectueux de la liberté de la presse, l’utilisation de l’incarcération contre Bonita Nuttall nous semble abusive. Disproportionné par rapport à l’infraction commise, le placement d’un journaliste en garde à vue est contre-productif et de nature à nuire à l’image de la Namibie. Cet incident n’aurait pas eu lieu si la législation namibienne permettait une plus grande liberté de travail à la presse", a écrit l’organisation.

Bonita Nuttall, présentatrice de l’émission d’investigation "Carte Blanche" sur la chaîne de télévision privée sud-africaine M-Net, a été arrêtée à l’aéroport international de Windhoek, le 28 novembre, alors qu’elle s’apprêtait à quitter le pays. La journaliste a été placée en garde à vue au commissariat de police de l’aéroport. Elle a été relâchée le lendemain dans l’attente de sa première comparution, après avoir payé une caution de 2000 dollars namibiens (153 euros). Le 3 décembre, un tribunal namibien a condamné Bonita Nuttall à payer une nouvelle caution de 8 000 dollars namibiens (612 euros). Il est prévu que son procès se tiendra au mois de février 2009.

Les autorités reprochent à Bonita Nuttall d’avoir effectué un reportage sur l’ethnie nomade des Himba, sans avoir obtenu une autorisation temporaire de résidence, assortie d’un permis de travail, nécessaire aux journalistes étrangers se rendant en mission dans ce pays.

Par ailleurs, les directeurs de publication namibiens ont demandé, fin novembre, le retrait d’une clause sur l’interception des communications dans un projet de loi sur la presse ("Communication Bill"). Cette clause permettrait aux services de renseignements namibiens de procéder à des écoutes téléphoniques et de surveiller les courriels sans en référer à la justice. L’organisation de défense de la liberté de la presse Media Institute of Southern Africa (MISA) a fermement condamné ce projet de loi, craignant un recul de la liberté d’expression.

La Namibie se situe en 23e position, sur 173 pays, du classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières début octobre.

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60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme : les Nations unies sur la voie de l’échec, par Francis Chartrand


A l’occasion du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le 10 décembre 2008, Reporters sans frontières dresse le bilan du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, l’instance principale chargée de cette question, basée à Genève, dans un rapport rendu public quarante-huit heures avant la date commémorative.

http://www.rsf.org/article.php3 ?id_article=29586

Le Conseil des droits de l’homme fait à peine mieux que la défunte Commission. Celle-ci s’était totalement discréditée au fil des ans, et notamment lorsqu’elle avait placé à sa tête une représentante libyenne. Aujourd’hui, le Conseil n’échappe pas aux travers de toutes les instances onusiennes. Les Etats sont juges et parties. Des pays dirigés par des gouvernements répressifs sont élus membres du Conseil et, à ce titre, sont chargés de faire respecter des droits qu’ils bafouent eux-mêmes quotidiennement. Tant qu’on ne sortira pas de cette situation absurde, on ne pourra pas dire que les Nations unies remplissent leur mission de protection des droits de l’homme.

Quoi qu’il en soit, l’instrumentalisation des droits de l’homme par les Etats ne pourra prendre fin qu’avec une réforme et un élargissement du Conseil de sécurité et de l’ensemble du système de gouvernance mondiale. Un thème largement ouvert par la crise économique et environnementale en cours.

Si les Nations unies ne parviennent pas à rompre avec cette logique, alors le Conseil échouera dans sa mission. Et ce n’est pas l’Examen périodique universel - qui constitue pourtant une réelle avancée - qui parviendra à compenser ces faiblesses.

Reporters sans frontières dresse le bilan d’une bataille entre raison d’Etat et reconnaissance des victimes de violations des droits humains.

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L’ONU sur la voie de l’échec, par Francis Chartrand


Tribune - Reporters sans frontières

L’idée était pourtant extraordinaire et si généreuse. Demander au concert des nations, à l’assemblée des Etats de ce monde, de signer ensemble un texte fondateur : la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’un de ses principaux artisans, le juriste français René Cassin, s’est battu en 1948 pour que cette déclaration soit «universelle» et pas seulement «internationale». Il faisait partie de ceux qui, comme nous, pensent que les souffrances des victimes sont les mêmes partout et qu’un Africain ou un Asiatique a autant qu’un Européen le droit de ne pas être torturé.

Mais, soixante ans plus tard, ce principe d’universalité est dénié à leurs citoyens par bon nombre d’Etats. En Asie notamment, il n’est pas rare d’entendre de hauts dignitaires vanter les mérites de leur conception «relativiste» des droits de l’homme. Ils préfèrent, expliquent-ils, privilégier le bien-être de la «communauté» alors que, nous autres, en Europe, ne nous soucions que de l’individu. Un journaliste, un opposant politique, un syndicaliste emprisonné ou battu ? Non, il n’y a là aucune violation des droits de l’homme. Il s’agit simplement de sauvegarder l’ordre public et de préserver la tranquillité des citoyens «responsables»...

C’est un raisonnement inacceptable, c’est une fourberie. Surtout lorsque l’on sait que, parmi les rédacteurs de la Déclaration universelle, se trouvaient, en plus des juristes européens, un diplomate libanais, un Chilien et même un Chinois, Peng-chun Chang, universitaire et ambassadeur de la jeune nation en pleine guerre civile.

C’est à Genève que l’échec des Nations unies est le plus flagrant. Le système onusien, qui permet aux Etats d’être juges et parties, est schizophrène. En 2003, la Commission des droits de l’homme s’est totalement discréditée en plaçant à sa tête la représentante de la Libye. Face au tollé général, elle s’est autodissoute quelque temps plus tard, faisant place au Conseil des droits de l’homme.

Mais la nouvelle sentinelle de l’ONU a rapidement refroidit les espoirs placés en lui. Lors de la composition du premier Conseil, en mai 2006, ont été élus des pays pour qui la détention arbitraire, l’impunité, la torture, la peine de mort, bref la privation des droits fondamentaux semblent être le tissu même de la société. L’ONU a ainsi officiellement chargé l’Algérie, l’Arabie saoudite, l’Azerbaïdjan, le Bangladesh, la Chine, Cuba, le Nigeria, le Pakistan et la Russie de défendre ardemment la Déclaration universelle des droits de l’homme. A peine mise en place, la machine a commencé à gripper.

La suite a été tout aussi réjouissante. En moins de deux ans, le Conseil a mis fin au mandat des experts indépendants - les seuls responsables de l’ONU qui échappent aux diktats d’un gouvernement - chargés de surveiller la situation à Cuba, au Bélarus et même en République démocratique du Congo, dont le flot récent de réfugiés et les tueries dans l’est du pays témoignent, en effet, d’un indéniable respect de la dignité humaine. Ce même Conseil a également refusé de nommer un expert pour le Turkménistan qui est, comme chacun sait, l’un des pays les plus ouverts et tolérants de la planète.

Pendant que certains font preuve d’un cynisme éhonté, la Chine, l’Ouzbékistan et la Russie, entre autres, manœuvrent en coulisse et passent des accords pour s’assurer qu’une majorité s’oppose à toute résolution à leur encontre. Et ça marche ! Les votes ne se font pas selon la gravité de la situation dans un Etat, mais au prorata des bénéfices éventuels que cet Etat ou ses alliés peuvent apporter en retour. A ce petit jeu, la Chine rafle toutes les mises. Usant de sa formidable puissance économique, elle s’assure systématiquement le soutien des pays dont elle arrose généreusement les gouvernements en prêts, subventions ou autres accords de coopération. La plupart des pays d’Afrique et beaucoup en Asie prennent leur consigne de vote dans le bureau genevois du représentant permanent de l’Empire du Milieu.

Conçu pour défendre l’universalité des valeurs, le Conseil des droits de l’homme s’est perdu en chemin. Il est utilisé malgré lui pour servir les intérêts des gouvernements qui ne veulent pas voir leurs noms épinglés à la liste noire des pires violateurs des droits de l’homme. Reporters sans frontières considère qu’il est de l’impérieuse responsabilité du secrétaire général des Nations unies de mettre un terme à cette imposture. La première mesure pourrait consister, par exemple, à fixer des critères d’éligibilité des Etats membres du Conseil, basés sur leur respect des droits de l’homme, leur adhésion aux principaux traités internationaux et leur application. Tous les problèmes ne seraient pas résolus pour autant, mais cela aurait au moins le mérite d’empêcher quelques tyrans sanguinaires de parader à la tribune.

Jean-François Julliard Secrétaire général Reporters sans frontières International

et

François Bugingo Président Reporters sans frontières Canada

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mardi, novembre 25, 2008

 

Baromètre de la liberté de la presse 2008


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Afghanistan: Libération du fixeur et du chauffeur de la chaîne canadienne CBC, par Anne Humphreys


Reporters sans frontières se réjouit de la libération, le 24 novembre 2008 des frères Shokoor Feroz et Qaem Feroz, respectivement fixeur et chauffeur de la chaîne canadienne Canadian Broadcast Corporation/Radio Canada (CBC). Ils étaient détenus par la National Directorate of Security (NDS, services secrets) depuis le 12 octobre, date à laquelle leur collègue Melissa Fung avait été kidnappée.

"Nous saluons l’intervention du président Hamid Karzai et de nombreuses personnalités afghanes et canadiennes en faveur de Shokoor Feroz et Qaem Feroz, qui étaient injustement emprisonnés. La mobilisation des journalistes et de la direction de la CBC a montré de manière exemplaire que la protection des employés locaux des médias étrangers doit être une priorité. Il serait bienvenu que les autorités afghanes accordent une compensation aux frères Feroz pour le préjudice subi", a affirmé l’organisation.

Lire le communiqué de Reporters sans frontières : http://www.rsf.org/article.php3 ?id_article=29369

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samedi, novembre 15, 2008

 

Congo, FAZ, correspondant de nouveau libre


Le correspondant du Monde enlevé, Thomas Scheen, est à nouveau libre. Ce que rapporte la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), vendredi dernier. Depuis vendredi matin, Scheen et ses deux collaborateurs congolais se situaient sous la garde de la force internationale des Nations Unies MONUC. Les trois hommes seraient bien selon les circonstances, a déclaré le rédacteur de la FAZ, Berthold Kohler.

Scheen, de nationalité belge, et ses deux collaborateurs congolais ont été enlevés le 4 novembre dans le domaine de crise dans l'est de la République démocratique du Congo. Scheen s'est rendu lors de la crise dans la zone située entre les fronts et s'était fait prisonnier a été notifié à la FAZ.

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L’arrestation du propriétaire d’Ingushetiya.ru déclarée “illégale”, par Francis Chartrand


L’avocat de la famille de Magomed Yevloiev, Moussa Pliev, a annoncé que, le 12 novembre 2008, un tribunal de Nazran (Ingouchie) avait déclaré “illégale” l’arrestation du propriétaire du site d‘informations Ingushetiya.ru, lors de laquelle il avait trouvé la mort, par balles, le 31 août dernier.

“C’est un premier pas vers la reconnaissance du caractère politique des agissements des forces de l’ordre dans ce dossier. Nous espérons qu’une enquête minutieuse et impartiale sera bientôt menée sur les circonstances exactes de la mort de Magomed Yevloiev”, a déclaré Reporters sans frontières.

Le 31 août 2008, Magomed Yevloiev, opposant à l’ancien président de la république ingouche, Mourat Zyazikov, a été interpellé par des agents du ministère de l’Intérieur à sa descente de l’avion qui le conduisait de Moscou à Magas, la nouvelle capitale de cette république du Caucase russe. Pendant le trajet, il aurait eu une violente altercation avec l’ancien chef de l’exécutif local qui se trouvait lui aussi à bord. Magomed Yevloiev est décédé d’une blessure par balle à la tête, après qu’il a été forcé de prendre place dans un véhicule des forces de police. L’enquête des autorités locales a conclu à un “homicide par imprudence”, thèse rejetée par l’opposition et les proches de Magomed Yevloiev.

Le 30 octobre dernier, par décret du président russe Dmitri Medvedev, Mourat Ziazikov, à la tête de l’Ingouchie depuis 2002, a été remplacé dans ses fonctions par Iounous-Bek Evkourov. Ce militaire de carrière, porté au titre de “Héros de la Russie” pour faits de guerre en Tchétchénie, est l’ancien adjoint au chef du renseignement militaire pour la région de l’Oural-Volga.

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Arrestation du blogueur Guo Quan pour “incitation à la subversion du pouvoir de l’Etat”, par Francis Chartrand


Reporters sans frontières dénonce l’arrestation du blogueur Guo Quan, le 13 novembre 2008, dans la ville de Nanjing (capitale de la province de Jiangsu, centre de la Chine). Il est actuellement détenu dans les locaux de la police de Nanjing accusé d’“incitation à la subversion du pouvoir de l’Etat” en raison de la publication d’articles jugés “trop radicaux” sur son blog. La police a interpellé Guo Quan à son domicile et saisi son matériel informatique.

“Ce que les autorités jugent ‘trop radical’ est la publication de lettres ouvertes adressées au gouvernement appelant au changement démocratique. L’arrestation de Guo Quan est une preuve supplémentaire, si besoin était, que la dictature chinoise condamne systématiquement ceux qui osent exprimer une opinion différente de celle du Parti. Nous craignons malheureusement que Guo Quan ne soit emprisonné pour longtemps, comme les 49 autres cyberdissdents que la Chine a jeté derrière les barreaux”, a déclaré Reporters sans frontières.

Plus tôt dans l’année, Guo Quan déjà avait été arrêté, le 18 mai 2008. Après dix jours de détention, il avait confié : “Les autorités [...] ont tenté de me soutirer des informations. Comme j’ai refusé de donner le nom de dissidents dans mon entourage, elles ont prolongé ma garde à vue”. Selon lui, le Parti communiste chinois (PCC) voulait démanteler le réseau qu’il avait mis en place pour venir en aide aux victimes du séisme de la province du Sichuan (ouest du pays), survenu le 12 mai. La semaine suivant la catastrophe, le parti démocrate Chinese New people’s party, qu’il avait créé fin 2007, se réunissait quotidiennement pour organiser des collectes de sang, et promouvoir l’ouverture aux humanitaires étrangers.

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samedi, juillet 26, 2008

 

Pékin 2008, par Francis Chartrand

Bon, laissons de côté un peu ces manifestations, que j'ai moi-même appuyées quelque peu, et passons aux plus grandes dignités de l'olympe. De toute façon, on avait 3 mois pour contester la décision du CIO le 13 juillet 2001. Pékin avait eu 56 voix, Toronto 22 voix, Paris 18 voix et 9 voix pour Istanbul. Et qu'a-t-on fait? On s'est tous assis sur notre cul!

Reporters sans frontières et Amnistie Internationale, eux, étaient sont toujours là depuis le début. Eux, ils peuvent chialer! Eux, ils étaient sceptiques sur la question des droits de l'homme. Moi, j'étais surpris à l'époque car je voyais Paris ou Toronto l'emporter au troisième tour du vote, et je savais que la Chine avait la matraque face. Moi, je l'ai payé mon scepticisme face à la question des droits, je l'ai mon t-shirt de Pékin 2008 de RSF avec des menottes aux lieu des anneaux olympiques.

On peut condamner ce que fait le gouvernement chinois comme répression face à sa population, et on doit le faire, mais trop tard pour retirer nos athlètes, sinon il fallait le faire après Athènes 2004.
Maintenant, on passe aux meilleurs moments olympiques (fou des Jeux Olympiques que je suis) on vous montrant quelque photos que j'ai trouvées. Je commenterai la politique plus tard cette fin de semaine.


Le Canadien Donovan Bailey explose de joie en remportant l'or au 100m chez les hommes en un temps record de 9,84 sec. aux Jeux Olympiques d'été à Atlanta en 1996. Samedi 27 Juillet, 1996. (credit: AP Photo/Denis Paquin)


L'Americaine Florence Griffith Joyner, célèbre sa victoire après avoir établi un nouveau record olympique de 10,54 sec. au 100m chez les femmes et remporte par la même occasion la médaille d'or aux Jeux Olympiques de Séoul. Le 25 Septembre 1988. (credit: Photo RON KUNTZ/AFP/Getty Images)
Le Marocain Said Aouita commence à saluer la foule avant de franchir la ligne d'arrivée et remporte le 5000 mètres lors de la finale des Jeux Olympiques 1984 au Coliseum Stadium de Los Angeles, Californie, États-Unis. Aouita a remporté la médaille d'or et établit un nouveau record olympique de 13:26.44 minutes. (credit: Photo David Cannon/Allsport)
La Roumaine Gabriela Szabo célèbre après avoir remporté l'or dans la finale du 5000m au cours des Jeux Olympiques de Sydney en 2000 au Stade Olympique. Szabo établit un nouveau record olympique de 14'40"79. (credit: Photo Darren England/ALLSPORT )
Lors des Jeux Olympiques 1968 à Mexico, l'Américain Bob Beamon remporte la médaille d'or en saut en longueur en effectuant un saut de 8m90 et s'inscrit dans le livre des records olympiques. (credit: Photo Tony Duffy /Allsport )

La Russe Yelena Isinbayeva célèbre sa victoire après avoir effectué un saut à la perche à 4,91 mètres et établit un nouveau record olympique le 24 août 2004 au Stade Olympique d'Athènes. (credit: Photo AXEL SCHMIDT/AFP/Getty Images)

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lundi, mai 12, 2008

 

Comment militer en « made in China »

Par Jérémie Carvalro
« Agissons vite, le Tibet se meurt » scandent-ils. Militer est devenue une véritable mode depuis le début du parcours de la « torche » olympique. Même l'organisation Reporters sans frontières est passée de la dénonciation passive à l'activisme. Toutes ces banderoles, drapeaux et bannières ont fait de l'ombre à la lutte des droits de l'homme bien plus qu'elles ne l'ont soutenue.
C'est le ridicule 100% coton « made in China » de cette mode qui fait sombrer la crédibilité de cette cause. Le citoyen qui sort dans les rues, plein de bonnes intentions, gonflé par la couverture médiatique et les slogans qui pleuvent de partout devrait réaliser que même s'il brandit des affiches « Free Tibet » ou bien le drapeau tibétain, ses vêtements supportent probablement le pays oppresseur auquel il doit s'opposer.
Militer devient alors une opposition naïve, qui ne peut être pris au sérieux et dont on ne retient que la maladresse et les débordements d'un discours pourtant majeur. Ce n'est tout de même pas une tâche facile de se conscientiser quand on fait face au silence de nos « grands » hommes politique. Si ces détails nous échappent, l'économie est grandement prise en considération dans ces contradictions politiques.
C'est ce que j'appelle affectueusement l'hypocrisie marchande, crié par un silence politique encore jamais atteint. On se permet de critiquer et de sanctionner les gouvernements russe, africain, ou tous ces régimes sanglants tels le Zimbabwe, mais face à la puissance économique de la République Populaire de Chine, les grands politiciens semblent oublier les droits de l'homme, la liberté d'expression et ces valeurs dont ils se vantent tant d'être à la défense.
Quand on prend en considération le lourd passé des Jeux Olympiques, il est ridicule que certains clament haut et fort que le sport ne devrait pas être politisé. Cessez de vous mentir, il l'a toujours été. Le meilleur exemple demeure les Jeux de Moscou qu'une cinquantaine de pays avaient boycotté pour dénoncer l'invasion de l'Afghanistan. Mais en Afrique du Sud c'est le boycott économique qui était moins grand, ou nos convictions politiques de l'époque qui étaient plus fortes?
Ce silence politique replongera les Jeux dans l'époque sombre des Jeux de 1936. Vous vous souvenez? Les nations avaient défilé les unes après les autres pour couvrir de prestige Berlin et le désormais célèbre Adolf Hitler.
Nicolas Sarkosy est le seul chef d'état à envisager un boycottage de la cérémonie d'ouverture des Jeux. Sa participation dépendra de l'attitude du gouvernement chinois face à un dialogue avec le chef spirituel tibétain.
Pourtant, l'enjeu primaire était la liberté d'expression et les droits de l'homme en Chine que l'organisation Reporters sans frontières dénonçait depuis déjà quelque années. Mais la cause tibétaine, au lieu d'en devenir le symbole, l'a plutôt éclipsée. Pas étonnant que la société occidentale, plongée dans le matérialisme jusqu'au cou, prise dans un vide existentiel à la recherche d'un dieu se sente davantage interpellé par les répressions que vivent le Dalaï-lama et le peuple tibétain. Pendant ce temps, les Chinois vivent les mêmes répressions mais n'ont pas droit aux mêmes cris ni aux mêmes bannières.
À défaut de ne pas pouvoir renverser la répression, nous devrions d'abord faire preuve d'honnêteté. Ça fait plus de sept ans que nous connaissons le choix du Comité International Olympique de nommer la Chine comme l'hôte des Jeux Olympiques de 2008. Ça fait des décennies que nous connaissons le système répressif qui règne sur la République Populaire, mais c'est à minuit moins une que nous nous insurgeons comme s'il s'agissait d'une nouvelle. Mais c'est trop peu trop tard. Assumons-le, nous sommes l'oppresseur!

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